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LA HONGRIE
— Combien de planches?
— Quatre planches.
Et le paysan fait encore un petit calcul : « Gospodar, dit-il, je n'ai pas
de clous ; donnez-moi des clous pour fermer le cercueil. »
Ce sont les parents du défunt qui creusent eux-mêmes la fosse ; mais
quand c’est une femme qui meurt, souvent personne ne suit son convoi.
Dans un pays où 1 ou chante aux enterrements, on peut se figurer ce qui
se passe aux mariages.
Disons d’abord comment se font les mariages, qui ont généralement lieu,
pour les femmes, entre seize et vingt ans.
Lorsque le dimanche, à la sortie de la messe, une jeune fille a accepté
le bouquet de fleurs que lui a offert un jeune homme, elle est regardée
comme fiancée, et sa personne devient pour ainsi dire sacrée. Nul autre
n’oserait lui faire la cour; quelques jours après, le desko ou prétendant va,
avec deux de ses amis, dans la maison de sa fiancée, et demande à boire.
On lui sert aussi à manger, et c’est pendant tout un jour une grande
ripaille, entremêlée de chants et de toasts.
La jeune fille se prépare alors à la noce. Ces préparatifs durent environ
un mois. Il faut que son trousseau se compose d’au moins cinq vêtements
blancs, de deux paires de bottes, d’une pelisse, et de sept ou huit rubec ou
foulards de soie qui se nouent sur la tête et autour de la taille, de rubans,
et d une nappe pour les grands jours. Quant à la dot, elle consiste en une
vache. Sans vache, une jeune fille reste sans parti.
Le jour de la noce, le desko vient avec des musiciens chercher sa fiancée,
qui doit sortir seule de la maison et marcher la dernière, à la suite du
groupe d’amis qui entourent l’époux. En tête du cortège court un jeune
garçon tenant d’une main un bâton auquel sont suspendus des mouchoirs
multicolores, et de l’autre main une pomme, en souvenir de celle qui
tenta la première femme.
Après la cérémonie nuptiale, à laquelle assistent tous les clans voisins,
on se réunit dans la maison du mari, où l’on reste quelquefois huit jours
sans sortir, occupe qu on est à boire, à chanter et à manger. Aussitôt com
mence pour la femme son rôle de domestique et de servante : c’est elle qui
sert les invités à table. Mais la Croate est si douce, elle sait mettre tant do
poésie dans des usages qui ailleurs seraient grossiers et brutaux, qu’elle
semble heureuse de la place qu’on lui réserve, et que ce jour est aussi pour
elle un jour de fête.
Un enfant est-il né dans le jeune ménage, et s’agit-il de le baptiser, ou