DE L’ADRIATIQUE AU DANUBE.
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le couche sur une planche rembourrée, et une jeune fille le porte sur sa tête
à l’église. Il n’y a qu’un parrain ou une marraine ; et leur cadeau consiste
en un gâteau fait avec du fromage blanc, de la farine et un peu de
graisse.
La jeune fille qui vient de se marier s’appelle, en croate, sneha; quand
elle a eu un enfant, gêna; quand elle a atteint la quarantaine, baba
(aïeule); et quand elle a dépassé la cinquantaine, starababa, c’est-à-dire
vieille décrépite.
Passons maintenant aux fêtes religieuses.
Les Croates se préparent trois mois d’avance à la solennité de Noël.
Pendant les quatre semaines de l’Avent, on se rend en foule à l’église; et
comme les églises sont en général situées sur les hauteurs, c’est un spec
tacle étrange et pittoresque de voir ces longues fdes d’êtres humains che
minant dans la neige haute et épaisse.
Les femmes tiennent des chandelles ou des torches de résine. On marche
en chantant des cantiques.
Les cantiques de Noël sont encore aujourd’hui les mêmes qu’il y a trois
ou quatre siècles; l’un imite, par son chant cadencé, le mouvement d’une
berceuse; tous les versets d’un autre se terminent par des voyelles. Leur
rhythme est doux et lent. Il y en a un cependant qui est une marche belli
queuse, et un autre où l’on invite tous les êtres de la création à endormir
le petit Jésus. On entend le chant du coq, le ramage du rossignol, le
gazouillement delà fauvette, le cri du coucou, le roucoulement du pigeon,
le gloussement de la poule, le bourdonnement de l’abeille, le coassement
de la grenouille, le glapissement du renard, le bêlement de la brebis,
le hennissement du cheval, le braiment de l’âne, le beuglement du bœuf,
le rugissement du lion. Rien de plus étrange et de plus naïf.
Le jour de 1 Épiphanie, le curé ou le vicaire se rend dans les maisons
pour chanter le cantique des Rois. Il bénit ensuite les chambres et les
étables au nom des Rois mages, qui sont en grande vénération dans le
pays. Quand la bénédiction est donnée, le prêtre encense toute la maison;
les serviteurs se rangent autour de la table sur laquelle on a placé un
christ; on s agenouille, etl on chante le cantique : « Trois rois mages, etc. »
On lit encore cette vieille inscription sur les portes du château de
Biskra : « En 1778, les rois mages ont passé et béni cette maison. »
Nous étions revenus au château à l’heure du dîner. Après midi, une
« kola » vint nous prendre, M. Quiquerez et moi, pour nous conduire aux
bains de Krapina.