CHAPITRE X
D’Agram à Zakany. — Premier village magyar. — L’armée hongroise. — Héroïsme des femmes.
— Kanizza.— Un enlèvement. —• Routes hongroises. — JNagi-Atad. — La puszta. — Arrivée
chez M. L... — Chant de nourrice.
de Somogy, où je devais me rendre [tour y passer une dizaine de jours chez
un ami.
Tous les compartiments du wagon de troisième classe dans lequel je
montai étaient remplis de petits employés pressés de passer la journée du
dimanche dans l’innocence et la paresse des champs, et de soldats appelés
à aller s’entre-égorger avec les insurgés bosniaques, pour des motifs qui leur
étaient aussi inconnus qu’indifférents. En face de moi, j’avais un tailleur
qui offrait un curieux type. Il avait les cheveux frisés et laineux, les favoris
noirs et touffus, les dents blanches, petites et aiguës comme celles des
carnassiers, des yeux noirs de taureau rêveur, la mâchoire solide, le teint
jaunâtre et les traits saillants des races asiatiques. Élancé comme un
tambour-major et roide comme un coup de bâton, il portait une cravate
bleu de ciel, des boutons de manchettes aussi larges que des soucoupes, et
il était ganté de chevreau jaune serin. Une raie tracée d’une main exercée
partageait son crâne en deux zones. Il tenait son chapeau de soie gris sur
ses genoux avec la solennité grave d’un vieil empereur du Saint-Empire
portant le globe du monde. Ce tailleur se donnait un air d importance qui
rltr —
C’est une couple de bœufs qui passent...
Je ne revins à Agram que
pour prendre le chemin de
fer qui va de cette ville à
Budapest, en passant par
Zakany et les bords du lac
Balaton. A Zakany, une
ligne d’embranchement lo
cal conduit dans le comital