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LA MONGOIE
magyare, la vertu des hommes; c’est aussi celle des femmes. L’histoire de
Hongrie est tout illustrée de leurs hauts faits patriotiques. Les Turcs vien
nent-ils mettre le siège devant une ville, aussitôt les rues retentissent de
cris de joie : hommes, femmes, soldats, tous, d’une voix; unanime, jurent
d observer les conditions suivantes, que leur dicte un patriotisme fanatique :
« Le mot de capitulation est proscrit; si quelqu’un ose le prononcer, il sera
puni de mort. Quand les vivres seront épuisés, nous nous mangerons les
uns les autres, et les victimes seront tirées au sort. Les femmes s’occuperont
de réparer les murailles; elles pourront suivre leur mari sur la brèche et
dans les sorties. » Quand l’ennemi donne l’assaut, les femmes accourent se
confondre dans les rangs des assiégés : on ne les distingue plus qu’à leur
aveugle et impétueuse bravoure. Les unes combattent corps à corps;
d’autres, du haut des murailles, font rouler sur les assaillants des roches
énormes, ou les inondent de flots d’huile bouillante 1 .
Dans toutes les périodes troublées de l’histoire de leur pays, les femmes
hongroises montrèrent un caractère viril, une âme forte et pleine de réso
lution.
« Ma femme et mon sabre ! » s’écrie le poète-soldat Pétoeffi, et il ajoute :
« Que la patrie ait un jour besoin de mon bras, ma femme ceindra elle-
même mon sabre autour de ma taille, et, nous bénissant : — Partez, dira-
t-elle, soyez toujours fidèles l’un à 1 autre! »
Lorsqu’en 18 48 retentit des Garpathes à la mer le cri de : « La patrie
est en danger! » les mères hongroises armèrent elles-mêmes leurs fils. Et les
femmes suivirent leur mari, les sœurs leurs frères, les fiancées leur fiancé.
Plus d une femme combattit sous P uniforme de hussard ou de honvcd. Une
riche jeune fille, du nom de Szentpaly, fit des prodiges de bravoure au siège
de Komorn. Une autre jeune fille, qui servait en qualité de simple soldat,
parvint au grade de brigadier sans que ses camarades se fussent jamais
doutés de la différence de son sexe.
Le moment de me remettre en route était venu. Je pris congé du jeune
officier autrichien qui avait été mon compagnon d’une heure, et je lui dis :
« Au revoir en Bosnie! » 1 uis je m installai dans le compartiment d’un beau
wagon jaune, occupe par trois ou quatre personnes. En voyage, loin de fuir
la société, je la recherche avec empressement. On peut apprendre tant de
choses en causant avec ses voisins, surtout dans ces chemins de fer d intérêt
local qui savent quand ils partent, mais (pii ignorent toujours quand ils
arriveront! On ménage la vapeur, ou ménage le matériel, on ménage les
1 Histoire de Hongrie, par Boldexu.