Full text : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

et  cl’eau  qu’il  n’avait  pas  consacré.  La  piété  de  la  famille  entière  ne
résista  pas  à  ce  breuvage  amer.  On  ne  vit  plus  les  Bohémiens  venir  communier. ­

En  Angleterre,  les  Tziganes  sont  soumis  à  une  reine;  leur  roi  est  mort
en  18  45,  à  l’àge  de  quatre-vingt-six  ans.  En  Hongrie,  si  ce  roi  existe,  on  ne  le
connaît  pas.  Autrefois,  les  Bohémiens  de  ce  pays  obéissaient  à  quatre  chefs,
ou  voivodes,  qui  résidaient  près  de  Raab,  Lewentz,  Szatlnnar  et  Kaschau.
Tous  les  Tziganes  de  Transylvanie,  travaillant  au  lavage  des  sables  aurifères,
étaient  jadis  sous  le  commandement  d’un  seul  voivode,  auquel  ils  payaient
une  liste  civile  d'un  florin  par  tète.
Tous  les  sept  ans,  les  tribus  se  réunissent  autour  de  leur  chef  suprême
pour  recevoir  ses  ordres.
L  élection  d’un  voivode  se  fait  par  le  suffrage  universel.  Dès  que  le
nom  de  T  élu  est  proclamé,  on  le  couvre  d  applaudissements  et  d  acclamations ­
  ;  les  musiciens  jouent  avec  frénésie,  et  l’on  pose  solennellement  sur
sa  tète  un  tricorne  galonné  d’argent,  insigne  de  sa  dignité.  Puis  ou  lui  présente ­
  sur  un  plat  décoré  de  fleurs  une  cruche  de  vin,  qu  il  boit  d  un  trait
et  brise  ensuite  en  morceaux.  Le  nouveau  chef  adresse  alors  une  longue
harangue  aux  assistants;  il  les  engage  à  respecter  les  lois  de  leur  peuple;  et
chacun  vient  à  son  tour  lui  serrer  la  main  en  marque  d  adhésion  et  d  obéissance. ­
  La  réunion  se  termine  par  un  grand  festin,  par  des  danses  et  par  les
cris  répétés  de  :  O  baridir  tse  h  atsho  pas  k  ero  alschas  vaha  dschi  do!  «Due
notre  chef  vive  de  longues  années!  »
Le  voïvode  tzigane  était  autrefois  revêtu  de  pouvoirs  illimités;  il  avait,
ni  plus  ni  moins  qu’un  petit  roi,  droit  de  vie  et  de  mort  sur  ses  subordonnés; ­
  aujourd’hui,  son  autorité  est  partout  remplacée  par  celle  du  gendarme, ­
  et  il  est  bien  difficile  de  savoir  quelles  sont  les  lois  qui  régissent
encore  ces  pauvres  vagabonds.
On  les  a  beaucoup  trop  calomniés.
lis  n’ont  jamais  rien  fait  pour  être  mis  au  ban  des  nations.  S’ils  restent
rebelles  à  nos  idées,  n’est-ce  pas  un  peu  notre  faute?  Nous  leur  montrons  la
civilisation  sous  son  côté  le  plus  brutal.  S’avisent-ils  de  venir  planter  leurs
tentes  à  la  porte  de  nos  villes,  nous  les  chassons  comme  des  êtres  immondes
et  dangereux.  Nos  gendarmes  les  reconduisent  jusqu’à  la  frontière,  de  brigade ­
  en  brigade  et  de  prison  en  prison.  Et  Ton  s’étonne  que  pour  eux  notre
haute  culture  soit  absolument  dépourvue  d’attraits  !
L’absurdité  populaire  est  allée  jusqu’à  voir  en  eux  des  cannibales  et  des
anthropophages.  On  les  accuse  partout  d’être  voleurs.  Ils  ne  commettent
guère,  pourtant,  que  d  innocents  larcins.  La  faim  les  pousse  quelquefois  à
            
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