Full text: La Hongrie de l'Adriatique au Danube

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LA HON GUIE 
effort, fait front à ses adversaires; mais ceux-ci ont le nombre pour eux, la 
lutte s’engage inégale, et le pauvre renard, mordu, terrassé, meurt étranglé 
comme un lapin. 
Eh bien, monsieur, nous chassions le renard. La journée était à souhait, 
la gelée avait durci la neige; c’était plaisir de courir au milieu de la plaine 
;i bride abattue, au grandissime galop. Le renard que nous poursuivions 
était un farceur; il tenait sans doute à soutenir la réputation de finesse et 
de ruse qu’on a faite aux compères de sou espèce ; avec ça il était de la 
taille d’un jeune loup et plus agile qu’un lézard. Après avoir cherché à se 
cacher sous une meule de foin, il se rasa dans un pli de terrain et s’élança 
sur un petit monticule; là, dominant le pays environnant, la gueule ouverte, 
la queue toute droite, il chercha à se rendre compte de sa position. Il me 
semble le voir encore. Il était vraiment beau; il avait l’air d’un général, 
avec sa queue en panache. Les lévriers qui approchaient le firent déguer 
pir; mais il y avait trois heures qu'il courait, et nous aperçûmes bientôt 
qu’il n’allait plus aussi vite, et que la meute gagnait sur lui. Les deux chiens 
favoris du comte, et Hirondelle, le lévrier de la comtesse, b atteignirent 
enfin et le mordirent au flanc. Le renard, exécutant une volte-face habile, 
se mit aussitôt sur la défensive ; les chiens se ruèrent sur lui ; mais voila 
mon renard qui se fâche, qui met en fuite les deux lévriers du comte, et se 
précipitant sur Hirondelle, à qui, paraît-il, il en voulait personnellement, 
il la terrasse et couvre de morsures la pauvre hôte. 
— Au secours! mon chien! s’écria la comtesse, au secours ! Konrad, 
allez vite. Sauvez mon chien ! La pauvre femme était toute pâle. 
Je partis comme une flèche, et sautant à terre, je m’élançai au milieu de 
cette masse hurlante, cherchant à prendre le renard par le cou pour 
l’étouffer; je le tenais comme dans un étau, quand, par un brusque mou 
vement, il se rejeta en arrière et me mordit à la main. Je sentis une 
douleur aiguë ; mais j’étais loin do me douter alors que c’était un de mes 
doigts qui était resté entre ses dents. La meute entière se jeta sur lui, et 
l’écrasa comme sous une avalanche. 
Hirondelle en fut quitte pour quelques blessures. Quant à moi, je n’ai 
pas retrouvé mon doigt; et six mois après, le comte étant mort, je perdais 
ma place. 
Pendant que le garde parlait, des nuages avaient envahi le ciel, et la nuit 
s’était faite, toute noire. Des aboiements de chien, un mince filet de 
lumière rayant l’ombre, nous avertirent que nous approchions de la puszta 
de M. JL...
	        
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