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DE L’ADRIATIQUE AU DANUBE.
lu plupart, n’étant pas assez riches pour s’acheter une paire de bottes, s’en
veloppent le pied dans un morceau de cuir attaché avec des ficelles autour
de la cheville 1 .
Aujourd'hui que tous les citoyens sont libres, cette noblesse n’a plus de
privilèges, et les percepteurs placés à l’entrée des ponts ont le droit de
battre, comme s’il était un simple manant, le paysan noble qui passe en
oubliant de payer. Ces gentilshommes en sandales sont au nombre de cent
nulle; il y en a qui sont bergers, porchers, domestiques. Dans quelques
rares villages, ils ont su conserver un reste de leur ancien prestige; ce sont
eux qu’on voit à la tète des affaires, et qui font les élections pour le compte
des magnats.
La haute noblesse magyare se compose de cent trente-six mille familles
parmi lesquelles on compte cent cinquante magnats; on sait que les ma
gnats sont des propriétaires princiers. Le sixième de la Hongrie apparte
nait, il y a vingt ans, à dix d’entre eux. Ils étaient alors à la tête de la
société politique et civile. Aujourd’hui encore, ils donnent l’impulsion à
toutes les manifestations patriotiques et généreuses qui se produisent à
tout moment en Hongrie. Quand l’Académie nationale destinée à la propa
gation de la langue magyare fut fondée, le comte Szechény offrit cent
soixante mille francs ; le comte Karoly, cent vingt-cinq mille; le prince
Bathiany, cent cinquante mille; les Esterhazy, quatre-vingt mille francs, etc.
Lt le même élan de générosité se renouvelle chaque fois que le progrès et
le bien du pays sont en jeu.
1 Les paysans qui ont perdu
s appellent encore aujourd’hui :
leur noblesse en arrivant trop tard sur le champ de bataille,
« Tobb agyoh », c’est-à-dire ceux qui préfèrent rester au lit.