CHAPITRE XVIII
La « mer hongroise ». — Traversée de Sio-Fok à Tihany. — Le Trouville hongrois. — La
musique. — La société. — Juifs, moines, curés et prélats. — Les toilettes. — La salle de
spectacle. — Excursion à Tihany. — La littérature hongroise. — Volcans éteints. — Une
course en bateau.
Le chemin de fer longe la rive
droite du lac Balaton et traverse
un pays marécageux ou paissent
des troupeaux de chevaux à demi
sauvages. Une grande partie de ce
terrain a été conquise sur l’ancien
fond lacustre, car le niveau des
eaux du Balaton s’abaisse cha
que année *. On est ici perdu
comme au milieu d’un désert; pas un toit, pas un clocher, pas un arbre;
la plaine grise et monotone, couverte d’une herbe courte que le sable
saupoudre comme d’une couche de givre, se déroule à perte de vue et va
se confondre avec le ciel. Sur le lac, pas d’embarcation, pas même une
barque de pêcheur : on se croirait sur les bords de la mer Morte ; il est vrai
que ses petits flots sont d’une perfidie sans nom. Au moment où l’on s’v
attend le moins, ce lac, qui a, dit-on, un flux et un reflux, s’agite, se débat,
sort de son lit, se livre à des accès d’humeur et à des tempêtes dont la
Baltique serait fière, mais qui sont ridicules pour l’étroitesse de son lit. On
dirait le fils abandonné d’une ancienne mer qui couvrait la contrée, et qui
tient à rappeler sa bruyante et puissante origine.
A Sio-Fok, on s embarque sur un petit vapeur, le Kisfaludy, qui fait le
trajet deux fois par jour. Sous les flambées du soleil, l’eau du Balaton brille
i Pareil phénomène s’est produit au Neusiedlersée, entre Vienne et Raab. Ce lac, sur lequel,
il y a quelques années, naviguaient de grandes barques, est aujourd’hui presque complètement
desséché.
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Le lac Balaton,