DE L’ADRIATIQUE AU DANUBE*
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A mesure que l’orateur, de sa voix vibrante, bien timbrée, développait
ses arguments, b opposition se formait. Des murmures, des ricanements,
des moqueries, couraient aux derniers rangs; puis, brusquement, un sourd
bourdonnement s’éleva, des interpellations, des mots saccadés et incisifs,
mirent comme des sifflements dans l’air. Mais, sans se préoccuper du vent
d’orage qui soufflait, M. Kerkapolyi continua sa harangue avec une impas
sibilité et un dédain superbes. Il parla avec une profonde éloquence ou une
invincible logique, car peu a peu les bruits tombèrent, et le silence se réta-
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Un électeur hongrois et sa femme.
blit. Son discours dura près de deux heures. Quand il descendit de la chaise
sur laquelle il s’était tenu en équilibre, les cris àeEljen Kerkapolyi! poussés
par les hommes, les femmes et les enfants, éclatèrent de nouveau comme
une fanfare, et le candidat reçut de tous côtés des félicitations et des poi
gnées de main. L’opposition n était pas sérieuse ou pas de force à se me
surer avec les partisans du candidat; elle avait montré les dents comme
ces gros chiens qui aboient, mais qui ne mordent pas, et elle s était retirée.
Il y a quarante ans, on voyageait en Hongrie d’une manière bien plus pit
toresque qu’aujourd’hui. Les chemins de fer ont tout gâté, même le métier
de brigand. Arrivé à la frontière hongroise, il fallait s acheter des chevaux
et un véhicule. Une paire de chevaux coûtait deux cents francs, et 1 on avait
pour cent francs un de ces longs chars hongrois, légers de forme, hauts
de roues et recouverts d’une natte en roseaux en forme de toit; couché sur
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