DE L’ADRIATIQUE AU DANUBE.
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(jars armé d’un fouet, qui foulent les gerbes jusqu’à ce que le grain de blé
sorte de son enveloppe : spectacle d’une simplicité biblique, qui vous reporte
dans les plaines de la Judée, au temps de Ruth et de Laban.
Nous rencontrons des villageois à cheval, fumant leur pipe et passant
d’un air grave et fier d’hidalgo. Le costume des paysans hongrois est resté
pittoresque : ils ombragent leur figure basanée d’un large feutre, qui fait
ressortir leur maigre et mâle figure, et 1 éclat extraordinaire de leurs yeux
noirs. Les ailes de ces chapeaux prirent au commencement de ce siècle des
proportions tellement extravagantes, qu’une ordonnance de la chancellerie,
datée de 1815, défend que leur largeur dépasse huit pouces. Une cravate
de couleur foncée, garnie de franges et tombant jusqu’au milieu de la
poitrine, entoure le cou et le serre étroitement; la chemise aux larges
manches, plus longues que les bras, ne descend guère au-dessous de la
ceinture et laisse quelqufois entre elle et le pantalon une solution de conti
nuité. D’un pantalon hongrois, on tirerait aisément dix pantalons comme les
nôtres. Il n est pas rare qu’on emploie à sa confection douze à quinze aunes
de toile. Plus on met d’étoffe, plus il est élégant. Il ne descend que
jusqu’au-dessous du genou, et (lotte, garni de franges blanches, sur la botte
bien cirée, ornée du long éperon qui résonne pendant la danse. Une pelisse
dont le poil se retourne en dedans quand il pleut, ou une veste à brande
bourgs, une blague à tabac et une petite pipe au fourneau en terre rouge,
<pii se porte passée dans le ruban du chapeau ou même dans la cravate, sur
la nuque, complètent ce costume, qu’on rencontrait encore il y a vingt
ans dans les villes, mais (pii ne se voit plus aujourd’hui que dans les
campagnes.
A mesure que 1 ou avance, la contrée s’évase et s’élargit; des moissons
ondulent au loin d’un mouvement doux; des prairies d’une fraîcheur
alpestre reposent le regard; des rangées de peupliers découpent dans les
airs leur fine silhouette; des chênes se dressent çà et là, massifs comme
des porches de cathédrales; de petits villages piquent de leurs notes
blanches le fond riche et sombre des coteaux ; et sur des collines loin
taines, s’estompant dans une brume de soleil, on distingue d’immenses
troupeaux de moutons, qu à l’œil nu ou prendrait pour une nappe de neige
sale. L’élevage des moutons, qui sont petits, maigres, et qu’on ne garde
que pour la laine, se fait en grand dans les combats de Yesprim et d’Albe-
Royale. On raconte que le prince Nicolas Esterhazy paria un jour avec un
noble anglais qu il avait autant de bergers que le lord avait de moutons. Le
prince gagna sa gageure. Jadis les éleveurs formaient une corporation
semblable à celle des tanneurs et des charpentiers au moyen âge. Pour