Full text: La Hongrie de l'Adriatique au Danube

LA HONGRIE 
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un lit de paille épais, on était à l’abri du soleil et de la pluie, et quand les 
lits d’auberge étaient trop sales et trop mauvais, on y dormait à l’aise. 
Pour compléter l’équipage, on louait un cocher parlant à la fois hongrois, 
slave et allemand ; de sorte qu’on avait dans sa seule personne un conduc 
teur, un domestique et un interprète. Pour les gens plus modestes, il y avait 
d’autres moyens de locomotion : la poste « impériale, royale et apostoli 
que » , avec son postillon jaune citron, au chapeau orné d’une longue plume ; 
cette poste « régulière » ne suivait .que les grandes routes, et quand elle 
faisait des transports d’argent, elle était toujours escortée de gendarmes. Il y 
avait encore la « poste des paysans « , qui faisait le service entre Pest et 
Vienne, attelée de chevaux à demi sauvages qui allaient comme l’éclair; 
enfin il y avait le vorspan, voiture de réquisition que tout noble pouvait 
exiger, et qui, sur l’ordre du juge du district, était mise à la disposition des 
étrangers contre payement. Ce système reposait sur l’obligation imposée 
aux paysans de fournir en échange de l’impôt un équipage complet aux 
voyageurs. C’était une variété de corvée. Le tarif de la course de deux 
lieues était d’un florin, que les paysans versaient intégralement dans la 
caisse municipale. Cette manière de voyager présentait plus d’un incon 
vénient. Arrivait-on à un relais, la « correspondance » n était jamais prête. 
Ce juge devant la maison duquel on s’arrêtait s’excusait, et, après mille 
compliments, il s’en allait lentement et gravement, canne en main et pipe 
en bouche, prévenir l’homme de service. Les chevaux étaient aux champs, 
il fallait aller les chercher; et souvent ils étaient si fatigués qu’ils pou 
vaient à peine se traîner. Arrivait-on dans un village de paysans libres, 
c’est-à-dire nobles, alors plus de vorspan, et plus de chevaux. 
Aujourd’hui, il n’est pas de ville hongroise, si petite qu elle soit, qui n’ait 
ses fiacres. C’est donc en fiacre attelé de deux chevaux queje suis parti de 
Cured pour aller rejoindre le Danube, en traversant la forêt de Bakony, si 
fameuse dans l’histoire du brigandage en Hongrie. 
La route monte d’abord à travers des plaines et des vallons fertiles, 
jaunes de champs de ble, veloutés de verdure d’une poussée haute et 
robuste. Ici, des chevaux, la crinière au vent, dans un élan de charge guer 
rière, se sauvent au galop sur un petit monticule ; là, une machine à battre 
le blé, installée en plein champ, marche à la vapeur avec un bruit sourd de 
locomotive, en lâchant des jets de fumée; des femmes à demi vêtues, 
rangées sur des échafaudages et formant comme une apothéose, se passent 
les gerbes destinées à alimenter la machine. Dans d’autres champs, on est 
resté fidèle à l’ancienne méthode; ce sont des bœufs ou des chevaux, 
marchant par couple, en cercle et à la file, sous la surveillance d’un jeune
	        
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