Full text : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

DE  L’ADRIATIQUE  AU  DANUBE.

311

Les  époux  vinrent,  en  se  donnant  la  main,  s’agenouiller  devant  le  chef;
puis  ils  échangèrent  leurs  anneaux.  Le  maître  de  la  tribu  prit  alors  une
cruche  remplie  de  vin  et  décorée  d’une  guirlande  de  fleurs;  il  en  versa
quelques  gouttes  sur  la  tête  des  époux,  finit  le  liquide  d’un  trait,  buvant  à
leur  santé,  puis  lança  le  pot  de  grès  en  l’air.  La  cruche  retomba  et  se  brisa
en  mille  morceaux.  On  les  compta  :  plus  il  y  a  de  morceaux,  plus  il  y  a
aussi  de  chances  de  bonheur  pour  les  nouveaux  mariés.
L’orchestre  recommença  à  jouer  ;  les  assistants  raccompagnèrent  en
chantant,  et  les  enfants  se  mirent  a  danser.  On  fit  place  aux  époux,  et  l’on
s’apprêta  à  servir  le  repas.
J’aurais  voulu  passer  le  reste  de  la  journée  avec  ces  Tziganes  ;  mais  mon
conducteur  fut  sourd  à  toutes  mes  prières  et  à  toutes  mes  offres,  et  me  conjura, ­
  si  je  ne  voulais  pas  être  surpris  par  la  nuit  dans  les  bois,  et  si  j’avais
assez  de  cœur  pour  ne  pas  le  faire  battre  et  chasser  par  son  maître,  de
repartir  aussitôt.
Je  glissai  un  petit  souvenir  au  jeune  ménage;  les  musiciens  jouèrent
un  air  en  mon  honneur,  et  je  pris,  bien  à  regret,  congé  du  chef  de  la  tribu.
C’est  dans  un  pays  comme  celui-ci  qu’il  faut  venir  étudier  ce  peuple
tzigane,  si  digne  d’intérêt  et  de  pitié.  On  ne  tarde  pas  à  reconnaître  qu’il  a
des  qualités  qui  font  souvent  défaut  aux  races  qui  se  disent  supérieures.
Les  Bohémiens  sont  accessibles  à  tous  les  sentiments  généreux,  et  ceux
d’entre  eux  qui  se  trouvent  au  service  d’un  maître  sont  d’une  fidélité  à  toute
épreuve.
Il  y  en  a,  en  Hongrie,  dans  plusieurs  châteaux  :  ils  sont  chargés  de  faire
les  courses  et  les  commissions;  souvent  on  leur  confie  des  sommes  d’argent
considérables,  et  jamais  encore  il  n’est  venu  à  l’idée  d’aucun  d’eux  de
franchir  la  frontière.
Chose  étrange  !  ces  vagabonds  ont  a  un  suprême  degré  l’esprit  de
famille  :  la  puissance  paternelle  ne  s’étend  pas,  chez  eux,  seulement  sur  les
enfants,  mais  encore  sur  les  petits-enfants,  et  les  enfants  des  parents  décédés. ­
  Nul  ne  peut  quitter  la  tribu  ou  se  marier  sans  l’autorisation  du  chef;
lui  seul  indique  la  route  à  suivre,  lui  seul  marque  les  étapes,  distribue  le
travail  et  encaisse  les  recettes.  Et  le  chef  de  la  famille  n’entreprend  jamais
rien  sans  consulter  préalablement  sa  femme,  la  «  vieille  mère  »,  dont  les
avis  sont  des  oracles.
Si,  chez  les  Tziganes,  le  mariage  est  plein  de  facilité,  —  car  il  est  permis
au  frère  d  épouser  sa  sœur,  —  le  divorce  est  plus  facile  encore.  Qu  une
femme  ne  réponde  pas  à  1  attente  de  son  mari,  celui-ci  est  en  droit  de  la
répudier,  sans  autre  formalité  que  celle  d  avertir  le  chef  de  la  tribu.
            
Waiting...

Note to user

Dear user,

In response to current developments in the web technology used by the Goobi viewer, the software no longer supports your browser.

Please use one of the following browsers to display this page correctly.

Thank you.