Full text : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

LA  HONGRIE

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L’Occident  était  forcé  et  ouvert.  Et  après  les  Huns,  ce  furent  les  Goths,
les  Vandales  :  toute  la  barbarie  qui  se  répandit  comme  une  vaste  inondation, ­
  emportant  et  submergeant  tout.  Pendant  cinq  cents  ans,  le  Danube
rentra  dans  la  nuit  de  Phistoire.
Enfin  Charlemagne  rendit  le  fleuve  libre,  comme  il  avait  rendu  le  Rhin  il
la  civilisation,  au  progrès,  à  P  industrie,  au  commerce,  à  la  navigation.  Des
flottilles  marchandes  reparurent  sur  ses  flots  abandonnés,  et  vinrent  renouer
les  relations  longtemps  interrompues  entre  1  Europe  et  l’Asie.
Mais  au  fond  de  1  horizon,  on  vit  soudain  poindre  un  nuage  menaçant  ;
ce  nuage  noir  grandit,  approcha  et  vomit  de  nouvelles  hordes,  sœurs  des
premières,  accourant  au  galop  de  leurs  chevaux  sauvages,  des  steppes  de
P  Asie,  pour  mettre  de  nouveau  l’Occident  à  feu  et  à  sang.  Ces  terribles
cavaliers  étaient  les  Magyars,  Finnois  d’origine,  habitant  primitivement
les  deux  versants  de  P  Oural.  Ils  avaient  traversé  le  Volga  sur  de  légers
radeaux  soutenus  par  des  outres,  et  s’étaient  établis  dans  une  vaste  plaine,
près  du  Don  supérieur.  Séduit  par  leur  réputation  d’intrépides  guerriers,
l  empereur  Arnulf  les  prit  à  son  service  pour  détruire  l’empire  de  la  grande
Moravie.
Après  la  victoire,  les  Magyars  retournèrent  dans  leur  pays,  mais  ils
avaient  appris  à  connaître  le  chemin  du  Danube.  En  888,  ils  revinrent  avec
leurs  chariots,  leurs  tentes,  leurs  chevaux,  leurs  femmes  et  leurs  enfants;
la  Hongrie  leur  semblait  non-seulement  une  proie,  mais  une  nouvelle  patrie
à  conquérir.
Une  fois  maîtres  du  pays  qu’ils  convoitaient,  ils  dévastèrent  P  Europe,
Leurs  hordes  portèrent  le  pillage  et  l’incendie  en  Allemagne,  en  France,
en  Italie.  Ils  revenaient  chargés  de  butin,  et  leur  nom  était  synonyme  de
brigandage  et  de  destruction  ;  les  anciens  historiens  n’en  parlent  pas  comme
de  fils  d’hommes,  mais  attribuent  leur  naissance  à  des  esprits  infernaux.
Leur  roi  Étienne  le  Saint  ayant  embrassé  le  christianisme,  ils  abandonnèrent ­
  la  vie  errante  pour  se  fixer  dans  les  vastes  puszta  qu’ils  occupent
encore  aujourd  hui.  A  partir  de  ce  moment,  la  navigation  commerciale  du
Danube  prit  un  rapide  essor,  que  soutint  et  développa  le  passage  des  croisés. ­
  Les  Pays-Bas  et  1  Allemagne  expédiaient  par  cette  voie  des  armes  au*
infidèles,  malgré  les  menaces  du  Pape;  la  Frise  et  les  villes  de  Magdebourg,
de  Salzwedel,  envoyaient  leurs  étoffés  de  laine  aux  ports  de  1  Asie;  Passau
et  Ratisbonne  fournissaient  tont  l’Orient  de  leurs  célèbres  draps  écarlate  ;
la  Bohême,  la  Hongrie,  transportaient  jusqu’à  Constantinople  l’or  et  l’argent
  recueillis  dans  leurs  mines.
L’Allemagne  n’exportait  pas  seulement  ses  armes  et  ses  armures,
            
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