DE L’ADRIATIQUE AU DANUBE.
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un horizon bleu d'une éblouissante splendeur, se développent à 1 arrièreplan
et servent de bordure à ce magnifique tableau, auquel il ne manque
que des caroubiers au dôme majestueux, des figuiers, des platanes, des
orangers, des grenadiers, le feuillage grêle et cendré des oliviers, les crénelures
ovales des remparts turcs et les hautes colonnes des mosquées pour
ressembler à une ville d’Orient, à Bavrouth l’Heureuse ou à Smyrne la
biche.
Il y a cent cinquante ans, la voix des muezzins se faisait encore entendre
du haut des clochers de Bude transformés en minarets ; il y a cent cinquante
ans, les Osmanlis régnaient encore en maîtres dans la capitale de la
Hongrie. En 1G86, les soldats du pacha de Bude se tenaient encore en sentinelle
derrière les hautes palissades qui défendaient la ville du côté du
fleuve, et montaient la garde sur les murs qui, du côté de la terre, s’élevaient
au delà des fossés. « L’étendard de Soliman humiliait les créneaux
de Bude, dit le poète Kisfaludy; les excès de sa fureur sauvage désolaient
notre pays. Que de jeunes filles moururent de honte dans les bras de ces
tyrans! Que de prisonniers furent emportés sur tes flots rapides, ô Danube!
Plus de droits, plus de biens! Le Hongrois était étranger chez lui; le
croissant brillait sur les portes de nos villes !...»
Avant de parcourir Bude, retraçons rapidement le tableau de cette dramatique
époque.
La lutte entre les Magyars et les Turcs durait depuis un demi-siècle ;
c’était un duel colossal, une lutte à mort entre ces deux peuples de même
origine, mais qui, ayant embrassé chacun une religion différente, suivaient
des destinées contraires. En vain les Ottomans invitèrent-ils les Hongrois à
se souvenir qu’ils étaient du même sang et à s’unir pour se partager le
monde ; ceux-ci leur résistèrent avec une noblesse, un courage, une vaillance,
un acharnement héroïques, et longtemps ils furent seuls à soutenir le
choc, à défendre 1 Occident contre l’Orient soulevé comme une mer eu furie.
Mahomet H, après avoir conquis Constantinople, arriva devant Belgrade,
qui, depuis la perte de Byzance, était devenue la clef et le boulevard de
l’Occident. Hunyad rassemble à la liàte tous les bateaux et toutes les
nacelles qu’il peut trouver, et vole au secours de la place que défend son
beau-frère; il culbute les Ottomans, disperse leur flottille et se jette dans
Belgrade, où il combat lui-même l’épée à la main, tuant jusqu’à douze Turcs
dans une seule sortie. Le sultan, hors de lui, jure que s’il ne peut prendre
la place, « il se fera mourir » .
— Il est aisé de mourir, lui répond le chef des janissaires, mais non de
vaincre Hunyad.