Metadata : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

DE  L’ADRIATIQUE  AU  DANUBE.

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fois  chez  le  juge.  Et  puis,  la  justice  ne  coûtait  rien  cpic  des  coups  de  baton
à  recevoir  pour  celui  qui  était  condamné,  au  lieu  qu  aujourd’hui,  la  justice
nous  ruine.
Nous  causâmes  longtemps  encore  de  choses  et  d’autres;  j'étais  émerveillé
des  connaissances  et  du  bou  sens  de  ces  deux  hommes,  qui  n’avaient  jamais
quitté  de  vue  leur  clocher.
Je  m’informai  de  ce  que  pouvait  gagner  un  paysan.
—  Si  la  récolte  a  été  abondante,  me  dit  le  juge,  le  paysan  gagne  environ
trois  cents  florins  par  an  (sept  cents  francs).  Mais  comme  le  Hongrois  n’est
ni  prévoyant  ni  économe,  vienne  une  mauvaise  année,  il  est  à  la  merci  du
juif.  De  ces  trois  cents  florins  il  faut  déduire  les  frais  de  son  entretien  et
de  celui  de  sa  famille,  qui  se  montent  à  deux  cents  florins.  One  lui  reste-t-il
quand  il  a  payé  l’impôt  ?  ltien.
—  Le  paysan  hongrois  lit-il?  est-il  abonné  à  des  journaux?
—  11  aime  la  lecture,  il  a  des  livres  chez  lui  ;  mais  il  ne  s’abonne  guère
aux  journaux,  qu’il  va  lire  au  cabaret.  Il  a  une  grande  mémoire,  un  jugement ­
  sain,  et  beaucoup  d’intuition.  On  embarrasse  rarement  un  paysan.
S’il  a  un  procès,  —  et  il  aime  les  procès,  —  il  se  défend  parfaitement  luimême
  .
Curieux  de  savoir  comment  se  célèbrent  les  mariages  dans  cette  partie  de
la  Hongrie,  je  priai  mes  deux  interlocuteurs  de  me  donner  quelques  détails
sur  ce  sujet.
Toute  femme  qui  possède  un  hectare  est  à  peu  près  sûre  de  se  marier,  et
quiconque,  parmi  les  aspirants  au  mariage,  n’a  pas  une  bunda  ornée
de  belles  fleurs  en  broderie,  n  attirera  jamais  les  regards  d’une  jeune
fille.
Les  noces  sont  excessivement  luxueuses  et  ne  durent  pas  moins  de  trois
jours.  Pendant  ces  trois  jours,  il  se  mange  cent  cinquante  kilos  de  viande,
sans  compter  les  hécatombes  de  poules  et  d’oies  égorgées  sur  l’autel  de
l’hymen.  La  veille  du  mariage,  le  fiancé  vient  en  voiture  avec  ses  amis
chercher  le  trousseau  de  sa  femme,  trousseau  qui  se  compose  d’un  coffre  de
bois  peint,  renfermant  du  linge,  des  vêtements  et  toute  la  literie.  On  emporte
ce  bahut  en  triomphe  à  travers  le  village,  au  milieu  des  chants,  des  cris  de
joie,  des  détonations  d’armes  et  des  claquements  de  fouet.
La  demande  en  mariage  se  fait  par  un  tiers,  un  chargé  de  pouvoirs
comme  en  Orient.  C’est  par  ses  soins  qu’a  lieu  l’échange  des  anneaux  et  que
les  fiancés  se  donnent  des  gages  mutuels  :  le  jeune  homme  remet  a  la
jeune  fille  une  somme  d’argent  de  quarante  à  cinquante  florins  ;  et  celle-ci
donne  à  son  fiancé,  quand  elle  est  riche,  trois  mouchoirs,  qui  coûtent  au
            
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