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ÉTUDE SUR LE COMMERCE EXTÉRIEUR DE LA FRANCE
Chacun de ces détours est l’occasion d'un achat et d’une vente, si
bien que nos 4 milliards en représentent 15 ou 20 pour l’échange
intérieur. Et avec la méthode de comparaison de M. Block, nous
dirions : 4 milliards à l’actif du commerce extérieur, 20 milliards à
l’actif du commerce intérieur, l’un est le cinquième de l’autre. Ce
ne sont point là des calculs auxquels on puisse attacher une signification
sérieuse. Dans l’ensemble des mouvements de circulation
que fait naître l’activité économique de la nation française, certaines
séries d’échanges, commencées à l’intérieur des frontières, vont se
continuer au delà; d’autres séries, commencées au dehors, se
terminent chez nous; d’autres enfin commencent et finissent dans
les limites du territoire. Des premières et des secondes, nous
connaissons un des moments de l’échange, celui que révèle l’entrée
sur le territoire ou la sortie; nous ignorons ceux qui précèdent et
ceux qui suivent; des troisièmes, nous ne savons rien de numériquement
certain. Ne cherchons donc pas à comparer ces séries
d’échanges entre elles, et cherchons moins encore à les opposer
les unes aux autres, puisqu’elles sont bien souvent la condition ou
la conséquence les unes des autres.
Il y a une autre méthode. Elle consiste à évaluer, non plus le
total des échanges, mais le total de la production nationale, et à
rechercher quelle part de cette production est destinée aux marchés
extérieurs et laquelle au marché intérieur. La production moyenne
annuelle d’un pays est quelque chose qui paraît se prêter mieux
que le mouvement global des échanges à une détermination au
moins approximative. Toutefois il y a encore une marge énorme
d’incertitude. Pour la production agricole, les enquêtes décennales,
d’ailleurs supprimées maintenant, donnent une base d’évaluation
officielle, mais fort sujette à caution. Pour la production industrielle,
on n’a même pas cela. Certaines évaluations proposées au cours
des enquêtes ou débats suscités par la réforme du régime douanier
ne méritent aucune créance; il en est de fantastiques, comme celle
de M. Le Trésor de la Rocque, qui arrivait, au terme de copieux
calculs, à poser le chiffre de 38 milliards '. Le rapporteur général
de la Commission des douanes de la Chambre avait paru, dans le
texte de son rapport, prendre ce chiffre à son compte, avec une
1 Bulletin de lu Société des agriculteurs de France, n° du 15 septembre 1890. Un
trouvera la critique décisive de cette évaluation dans un article de M. de Foville : « La
consommation nationale et l’exportation » (Economiste français, 1891, t. 1, p. 452).