DE 1881 A 1902
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nent et l’excédent permanent d’importation, sont ainsi conçus
comme indépendants l’un de l’autre dans leurs origines ; il se
trouve seulement que, par chance, les eiTets de l’un viennent corriger
ceux de l’autre. L’heureux phénomène du solde créditeur
permet de conjurer les désastres que ne manquerait pas d’entraîner
le phénomène malheureux des excédents d’importation.
Raisonner ainsi, c’est ne pas apercevoir le lien qui unities deux
phénomènes et fait de l'un la conséquence de l’autre. Nous avons
d’une façon constante des excédents d’importation parce que constamment
nous avons vis-à-vis des collectivités étrangères un solde
créditeur. Si, toutes déductions faites, nous restons chaque année, du
fait des valeurs mobilières, créanciers de 500 ou 600 millions, comment
les débiteurs nous les paieront-ils ? Est-ce en numéraire? Mais
celte accumulation stérile ne pourrait durer longtemps, et par le jeu
des changes l’or s’écoulerait de chez nous au dehors à mesure qu’il
arriverait du dehors chez nous. Le paiement qui nous est dû tend
nécessairement à se faire sous la forme marchandise plutôt que
sous la forme numéraire. L’excédent d’importation est un phénomène
constant parce qu’il est le résultat de notre situation économique
générale. Il ne pourrait cesser que si nous cessions d’être
créanciers des autres pays. Nous occupons vis-à-vis du reste du
monde la position de crédi-rentier ; ces produits qui entrent en
surplus et dont le passage régulier aux frontières alarme tant
de gens, c’est notre coupon, c’est le revenu sans travail que
nous extorquons à l’étranger. Là où des esprits inquiets craignent
de trouver les signes de la ruine prochaine, il n’y a que la manifestation
d’une ancienne et croissante richesse. L’Angleterre
est dans le même cas que nous ; elle aussi a placé ses capitaux
au dehors, et chez elle aussi la créance qu’elle a sur le reste
du monde détermine un excédent permanent d’importation. Sa
créance et son excédent d’importation sont bien plus considérables
que les nôtres. Le revenu annuel qu’elle tire de l’étranger est
évalué par M. Rillên à 90 millions de livres ; les évaluations les
plus basses le portent encore à 62 1/2 millions de livres. Quant à
l’excédent d’importation, il a été en moyenne, de 1893 à 1902, de
155 millions de livres \
' Livre bleu précité du Hoard of' Trade, p. 99 et 105. L'Angleterre a d ailleurs une
autre source de créances que les valeurs mobilières, ce sont les transports maritimes ;
ces deux créances ensemble expliquent l'énormité de son excédent d’importation.