ETUDE
SUR
LE COMMERCE EXTÉRIEUR DE U FRANCE
DE 1881 A 1902
La politique commerciale de la France a éprouvé, en 1892, un
changement considérable. Le régime des traités de commerce à
long terme avec tarif incorporé, inauguré en 1860 par le traité du
23 janvier entre la France et l’Angleterre, et qui réglait nos relations
d’échange avec les principaux pays, a été abandonné. La loi
du 11 janvier 1892 est revenue au système du tarif autonome
pratiqué avant 1860; mais ce tarif, et c’est là une nouveauté, est
double. Le tarif général s’applique aux produits des pays entre
lesquels et nous il n’est pas intervenu d’entente ; un tarif moins
élevé, dit minimum, est concédé aux pays qui, de leur côté, nous
font bénéficier de leurs tarifs les plus réduits. En fait, bien que
théoriquement le tarif général soit le droit commun, il n’a que peu
d’applications et, par suite des accords intervenus, c’est le tarif
minimum qui règle en général nos relations d’échange extérieur.
La réforme de 1892 n'a pas consisté seulement dans l’abandon des
traités de commerce ; le tarif minimum est eu moyenne plus élevé
que n’était l’ensemble des tarifs conventionnels; il est l’expression
d’une conception protectionniste vigoureusement affirmée, qui
dérive de l’idée que le marché intérieur doit être, non pas sans
doute réservé exclusivement à la production nationale, mais entouré
de barrières assez hautes pour que celle-ci y ait une situation privilégiée
et s’y sente à peu près en sécurité. Il serait exagéré de
dire que la réforme de 1892 est la mise en application d’une doctrine,
car dans toutes les questions de politique commerciale, quel