Full text : Le problème de la marine marchande

84  LE  PROBLÈME  DE  LA  MARINE  MARCHANDE.
ment  des  voiliers,  le  Trésor  aurait  subi  tous  les  ans  des
sacrifices  nouveaux...  »
D’où  vient  cette  progression  énorme  et  inquiétante  pour
les  finances  de  l’État  ?  Les  marchés  du  Pacifique  où  le  voilier ­
  s’alimente  de  fret  auraient-ils  pris  une  importance  aussi
subite  qu’extraordinaire  ?  L’industrie  universelle  manquerait-elle ­
  d’instruments  de  transport  ?  Le  voilier  se  trouverait-il ­
  dans  une  de  ces  passes  heureuses  où  Ton  gagne  de
l’argent  par  le  concours  de  circonstances  économiques  spéciales ­
  ?
Rien  de  pareil  ne  s’est  produit.  En  réalité,  il  n’est  qu’une
explication  à  l’accroissement  si  considérable  des  primes
payées  par  l’État  aux  voiliers  :  c’est  la  spéculation.
Cette  spéculation  n’est  pas  niable  ;  elle  est  pratiipiée  au
grand  jour,  au  vu  et  au  su  de  tout  le  monde,  avec  l’audace
que  lui  donne  la  certitude  de  sa  parfaite  légalité.  Elle  puise
sa  source,  sa  raison  d’ôtre,  sa  force,  dans  la  prime  colossale
attribuée  par  la  loi  de  i8g3  aux  voiliers.
Je  pourrais  citer  telle  société  qui,  le  jour  même  de  sa
constitution  verbale,  alors  qu’aucun  acte  n’avait  été  encore
passé,  ni  aucun  versement  effectué  jiar  ses  membres,  com-'
  mandait  par  téléphone  plusieurs  voiliers  à  un  chantier.
Croyez-vous  qu’elle  se  fut  auparavant  inquiétée  du  fret  possible, ­
  des  conditions  de  concurrence  dans  lesquelles  ses  bateaux ­
  se  trouveraient,  des  débouchés  réduits  qu’ils  pouvaient
escompter?  C’était  bien  le  moindre  de  ses  soucis.  Elle  commandait ­
  des  navires  —  comme  elle  eût  opéré  un  placement
sur  les  fonds  turcs  si  elle  avait  espéré  recueillir,  grâce  à  eux,
les  revenus  que,  par  la  prime  à  la  navigation,  les  voiliers  devaient ­
  lui  rapporter.
D’ailleurs,  les  intéressés  ont  depuis  longtemps  fait  l’aveu
de  cette  spéculation.  /
L’armateur  qui  achète  un  voilier  (il  le  paie  au  maximum
            
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