Full text: La crise du petit commerce

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Le colportage. 
Les colporteurs jouissent d’une réputation extrême- 
ment fâcheuse auprès des défenseurs de la classe moyen- 
ne. On comprend cette mauvaise humeur de la part des 
détaillants, surtout des détaillants en denrées alimen- 
taires et coloniales, en mercerie, qui n’ont aucun moyen 
de remplacer par de la clientèle plus éloignée celle qui 
leur est dérobée dans leur voisinage immédiat*!. Le 
détaillant ne peut rien contre le colporteur ; le colpor- 
teur, par contre, peut tout contre le détaillant. Or, une 
concurrence qui s'exerce dans ces conditions cesse 
d’être loyale. Un duel cesse d’être un duel et devient un 
assassinat si un seul des deux adversaires est armé. Et 
c’est le cas ici. 
La situation est à peu près la même entre colporteurs 
et clients. Le colporteur sait toujours où prendre le 
client, si celui-ci lui a fait quelques torts ou lui redoit 
quelque chose. Mais qu’un colporteur ait fourni une 
marchandise défectueuse, qu’il ait trompé, volé ou 
commis quelque autre délit, il devient fort difficile de 
lui courir après. Il est fort malaisé de recourir au gen- 
darme contre un commerçant dont on ignore le nom, 
l’adresse et tout le reste. Aussi l’expérience montre-elle 
que le métier de colporteur est assez souvent l’avant- 
1 ]l n’en est pas de même du détaillant en textiles, par 
exemple, dont, par la nature des choses, le champ d’activité 
est beaucoup plus étendu, et qui peut visiter la clientèle, qui 
le doit même : Sigfried Bloch estime, en effet, que le mar- 
chand de drap qui ne « voyage» pas n’a aucune chance de 
faire des affaires (Entwicklungstendenzen im Tuchhandel. 
p. 158).
	        
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