LA QUESTION OUVRIERE. 3l3
situation de l’ouvrier — et la condition la plus avantageuse
de ce travailleur.
Que cela tienne en grande pai’tie, comme l’indigue M. de
Tourville, à l’éducation de l’ouvrier anglais et à son tempérament
pratique qui a su se plier aux exigences du progrès,
s’adapter aux conditions nouvelles qu’il impose et « modifier
sa fojTnalion » suivant les transformations incessantes de l’état
industriel, nous n’y contredisons pas. Mais ce ne peut être là
la seule explication du phénomène économique remaripiable
que nous soulignons. Et, de même, la jirospérité générale
de l’industrie anglaise ne saurait suffire à expliipier cette situation
en (juelque sorte privilégiée de l’ouvrier anglais.
Croit-on, en effet, qu’en vertu de cette prospérité le capitalisme
industriel, si puissamment constitué et si formidahlement
avide de lucre, renoncerait de lui-même à son naturel
instinct d’exploitation de la classe ouvrière, et (pie c’est de
gaîté de cœur, spontanément et sans contrainte, qu’il consentirait
à l’ouvrier anglais ce meilleur traitement, cette situation
de faveur ?
Poser la (piestion, c’est y répondre. Et pour se l’être posée
de bonne heure, le travailleur anglais s’est de bonne heure
convaincu qu’il devait surtout attendre de son propre effort,
plutôt ({ue des concessions bénévoles de la puissance patronale,
l’avantageuse rétribution de son labeur (juotidien. Et
s’il l’a, en fin de compte, obtenue, c’est parce qu’en fare du
patronat dominateur la classe ouvrière anglaise, dans le solide
cadre syndical de la Trade-Union, a dressé la force disciplinée
et organisée du prolétariat conscient de ses intérêts,
capable de les estimer et de les apprécier, assez puissamment
armé pour les sauvegarder et les défendre aussi bien
vis-à-vis du ca[!Ítalisme chaque jour plus envahissant que
vis-à-vis des variations et des complications économiques
engendrées par l’évolution industrielle moderne.