LE PROBLÈME DE LA MARINE MARCHANDE.
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On sait la caractéristique saisissante de celle-ci et les mo
difications essentielles qu’elle a apportées dans les rapports
du capital et du travail. La fin du xviii® siècle a vu l’aurore de
deux révolutions immenses et profondes — une révolution
morale et politique, une révolution économique — aboutis
sant toutes les deux à des divorces retentissants. Tandis que
la première, sous l’influence d’une philosophie qui laïcisait
désormais les espoirs et les doléances de la foule détournée
des miraqes reliqieux, jirovoquait le qrand divorce du ciel et
de la terre, la seconde par l’invention des instruments méca
niques, point de départ de toute la transformation industrielle
et sociale des cent dernières années, prononçait le divorce
du travailleur et de la propriété des moyens de production.
Le triomphe du machinisme, substituant de plus en plus au
])etit atelier la qrande usine, la qrande entreprise qui qroupe
une masse considérable de travailleurs, a condamné l’ouvrier
à rester ouvrier « sa vie durant », en a fait un salarié à vie,
« a réduit, selon l’expression de M. Sydney Webb, à une
chance infinitésimale pour lui la chance de devenir bii-méme
un maître ». M. Inqram (') a exprimé cette révolution indus
trielle en disant que « toute l’orqanisation moderne du
travail dans ses formes avancées repose sur un fait fonda
mental qui s’est développé spontanément et en proqression
continue, à savoir la séparation définitive entre les fonctions
capitalistes et celles de l’ouvrier, ou, en d’autres termes,
entre la direction des opérations industrielles et leur exécu
tion en détail ».
Parallèlement à cette évolution industrielle, une évolution
commerciale est intervenue qui a aqqravé encore l’effet du
machinisme, eu développant dans des proportions prodi-
qieuses les moyens de transport. Ouvrant à tous les produits
(i) Work and the workman, par J. K. Ingram; discours prononcé au congrès des
Trade-Unions à Dublin, 1880.