LA QUESTION OUVRIERE, 33y
iirmail M. Tuaudeii, le directeur des chantiers de Cliantenay
— un « abatteur de besogne » remarquable.
La vérité est qu’à côté de la division plus raisonnée et,
])ar suite, plus féconde du travail, une des raisons notables
de la qrande rapidité qui distingue la construction anglaise
est l’emploi qu’elle commence à faire de la machine-outil, du
moteur mécanique, multiplicateur énorme de l’elïbrt humain.
Gela tient à ce (pie les Anglais ont à proximité et ac
quièrent aux meilleures conditions le précieux aliment de ce
moteur, la houille. Et c’est parce que l’industrie française
des constructions navales est beaucoup moins favorisée à ce
point de vue, qu’elle fait un usage plus restreint de la ma
chine-outil et utilise davantage le moteur humain, combien
moins rapide !
Mais, en fin de compte, c’est peut-être là qu’à son tour la
construction navale française trouvera plus aisément que
celle de l’Angleterre une cause de relèvement, sinon de su
périorité. Vienne en effet le jour où la houille —et qui sait !
l’énergie électrique ! — pourront être mises à la disposition de
l’industrie française dans des conditions moins onéreuses, et
l’usage de la machine-outil se généralisera chez nous beau
coup plus vite et beaucoup plus facilement qu’en Angleterre
où son intrusion dans le monde du travail se heurtera à
de plus âpres résistances. C’est la loi forcée du progrès et
l’impérieuse fatalité de l’évolution que cet envahissement de
la machine. Jusqu’à présent, la masse des ouvriers anglais
de la construction navale a pu, dans une certaine mesure,
grâce à la puissance de l’organisation trade-unioniste, se
protéger contre la redoutable concurrente. Le grand syndi
cat des boilermakers and shipbuilders, si jaloux de son mo
nopole professionnel, est notamment parvenu en certains
endroits à atténuer les effets de l’usage de la riveuse pneu
matique. Celle-ci est une besogneuse terrible. Alors qu’une
22
PROBL. MAR. MARCH.