34o LE PROBLÈME DE LA MARINE MARCHANDE.
même — et c’est pourquoi la généralisation de l’emploi de
la machine y rencontrera moins d’obstacles — en notre pays
de France, où l’industrie de la construction navale n’est pas,
comme en Angleterre, le monopole d’une corporation très
exclusive et au surplus dès longtemps habituée aux jouis
sances et au bien-être que permettent les hauts salaires.
Cette dernière considération n’est pas aussi négligeable
([u’on le pourrait imaginer. J’y vois, pour ma part, une
cause sérieuse d’infériorité de l’ouvrier anglais vis-à-vis de
l’ouvrier français dans la lutte future où tous deux défen
dront l’avenir et la prospérité de l’industrie navale de leur
pays respectif. La machine-outil, instrument de cette pros
périté, rencontrera chez le shipbuilder anglais d’autant plus
d’hostilité qu’elle menacera davantage ses haliitudes de
prodigalité, nées de gains abondants. Le shipbuilder du
Royaume-Uni est dépensier; il aime ses aises, la vie large,
les joies matérielles que confère une disposition assez
grande de numéraire. « Chez l’ouvrier anglais, dit l’un des
écrivains du Musée social de Philadelphie, on rencontre un
grand amour du plaisir, — non pas du plaisir dans les vieux
jours ou du plaisir d’accumuler de l’argent. En Angleterre,
il n’est pas rare de voir les travailleurs d’une ville impor
tante prendre un jour de congé pour assister à un match de
cricket, et il n’est guère de famille de travailleurs qui n’aille
passer trois jours ou une semaine à la côte au moins une
fois l’an. » Le shipbuilder anglais est joueur; il fréquente
volontiers le tripot et l’agence du bookmaker. Et surtout, il
s’adonne à l’ivrognerie, ce grand vice national du Royaume-
Uni !(*). L’ivrognerie est la plaie de la classe ouvrière an-
(i) Voici, d’après M. Albert Fleury {Le Trade-Unionisme en Angleterre) en quels
termes M. Knight, secrétaire général de la Trade’s-Union des shipbuilders and boiler
makers, s’exprimait dans les adresses qu’il envoyait à l’Union pour insister sur les
dangers du jeu et du cabaret : « Quoi de plus triste que ces malheureux qui, après un
dur labeur, du lundi au samedi, ayant reçu le salaire qu’ils ont gagné à la sueur de