LE PROBLÈME DE LA MARINE MARCHANDE.
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ritoire, ces moments Irarjiques, où la France pantelait sons
les serres dn vanlonr prussien, pour que la surtaxe de pavil
lon pût réapparaître dans notre léqislation sans soulever des
protestations niiaiiimes. Tentative avortée, d’ailleurs, puis
qu’on dut, ayant voté la surtaxe, renoncer à l’appliquer. Au
jourd’hui, nul ne sonqe sérieusement, nous l’espérons, à réta
blir une mesure fiscale qui habituerait la marine étranqère
« à regarder les cotes de France comme un lien d’interdit où
l’attendent des avanies à la turque » et porterait, en renché
rissant toutes choses par l’élévation du prix du fret, le coup
le plus funeste à notre activité industrielle et commerciale en
meme temps qu’elle nous attirerait de dures représailles.
L’impossiliilité de frapper d’un droit prohibitif le navire
étranger, conduit nécessairement à la seconde forme de pro
tection : l’attribution d’nne prime au navire français, pour le
favoriser dans sa lutte contre les pavillons rivaux. Mais cette
prime n’a de raison d’ôtre et n’est conforme à l’intérêt na
tional (pie si elle profite à la fois aux deux industries qui
constituent la marine marchande — l’armement et la cons
truction.
La lourde faute de la loi de i8g3 fut, nous l’avons vu,
de livrer pieds et poings liés les armateurs à la merci des
constructeurs. Ceux-ci étendirent une main avide non seu
lement sur leur propre part de protection, mais sur celle qui
devait en bonne justice revenir à l’armateur. Et dans quelle
proportion ! M. Estier, en évaluant de 38 à 96 p. 100 de la
¡nime de navigation le prélèvement des chantiers, n’a rien
exagéré. Si bien qu’en définitive, la loi de 189.3 a¡)paraíl
comme la ¡lire loi d’acca¡)arement et de spoliation, dépri
mante et stérile ¡mur ceux-là mêmes (jui en escomptaient
le pins large bénéfice ; car, ainsi que l’a fait justement re
marquer M. Dupuy de Lome, les chantiers ne peuvent
¡)ros¡)érer (¡u’à une condition : c’est qu’il y ait une marine