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LE PROBLÈME DE LA MARINE MARCHANDE.
])lir par centaines les francisations de steamers inoccupés,
destinées à procurer aux armateurs aiujlais dans l’embarras
le secours précieux que peut fournir la grasse prébende de
la compensation d’armement, venant compléter le produit
d’un fret insuffisant.
Que gagnerons-nous à nourrir une pareille Hotte ? Le
bénéfice de transports économiques, dans la jiartie de nos
côtes desservie par la navigation réservée, et l’embauchage
d’un plus grand nombre de marins. Ce sera tout. Quant aux
services militaires que nous pourrions attendre d’une aug
mentation de tonnage battant pavillon français, survenue
dans ces conditions, la leçon récente de la guerre hispano-
cubaine ne nous permet aucune illusion sur leur efficacité.
« Au début de la guerre — a écrit M. Em. Duboc —- on
parlait d’armer en course de nombreux vapeurs espagnols,
et, de fait, l’elfectif de la flotte à vapeur espagnole s’élève
encore aujourd’hui à 3g/^ navires, jaugeant 426,000 ton
neaux nets.' Personne n’a compris jiourquoi aucune lettre
de marque n’a été délivrée à ces navires. Le gouvernement
esjiagnol n’a guère armé en course, tardivement, que deux
paquebots achetés à l’Allemagne.
« Pourquoi, d’autre part, l’escadre de l’amiral Cervera
s’est-elle trouvée dans la mer des Antilles avec sa provision
de charbon à peu près épuisée, allant de la Martiniipie à
Curaçao et de Curaçao à Santiago de Cuba sans qu’aucun
charbonnier soit venu la ravitailler en pleine mer ou à
l’abri de la côte de Porto-Rico ? Pourquoi aucnn charbon
nier espagnol ne l’a-t-il précédée à Santiago, où il n’existait
aucun approvisionnement ? La chose était facile, puisque
toutes les forces américaines étaient, pendant cette période
de la guerre, immobilisées par le blocus de la Havane et de
la côte occidentale de Cuba, ou bien lancées à l’aventure,
à la recherche de l’escadre introuvable de Cervera.