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38o LE PROBLÈME DE LA MARINE MARCHANDE.
Les réformes nécessaires au relèvement de la marine mar
chande ne se bornent pas là. Bien d’autres questions solli
citent encore l’examen des pouvoirs publics, au premier
rang desquelles figure le recrutement des capitaines et des
équipages. Notre cadre de capitaines au long cours est
d’une infériorité déplorable; les « seconds » embarqués
avec eux sont souvent incapables de diriger le navire, au
cas de maladie du capitaine. C’est ce qui s’est récemment
produit pour le voilier Bossuet, obligé de faire relâche dans
un port lointain pendant toute la durée de l’indisponibililé
de son capitaine, laquelle dura trois mois. Il est nécessaire
d’organiser sur de nouvelles bases l’enseignement techni
que et professionnel des futurs chefs d’équipage. Quant
aux matelots, leur situation est navrante. Un homme qui
les connaît bien, pour les voir chaque jour à l’œuvre, le
directeur d’une compagnie française, M. L. Magnen, de
Dieppe, dépeint leur sort en ces termes : « Les matelots
français ne gagnent pas autant que le matelot anglais. Une
chose terrible pour eux, c’est le chômage. Autrefois, nos
ports regorgeaient de matelots, ils ne connaissaient pas le
chômage. Vous savez le tempérament du matelot : après un
long parcours, il restait à terre dix jours; ensuite, il trou
vait son embarquement facilement. Aujourd’hui, les voyages
ne sont pas longs. Je parle des voyages de long cours. Le
matelot sera deux mois et demi sur mer; il arrive sur terre,
et avant de se rembarquer, il reste quelquefois un mois et
plus à terre sans rien gagner. Ces gens-là ont des femmes,
des enfants. Quand ils n’en ont pas, ils ont un vieux père,
une vieille mère, qui ont besoin des gages du fils. Fatigués
de tant de misères, ils abandonnent un métier qui ne leur
permet plus de vivre. Je suis un vieux marin, peut-être un
peu chauvin comme tous les marins, et je ne le regrette pas.
Je suis navré quand ces gens viennent souvent me prier