Metadata: Oeuvres complètes

CH. XXVI. —DU REVENU BRUT ET Dll REVENU NET 319 
O n’est point en raison d’aucun avantage supposé provenant 
d'une grande population, ni en raison du Iwnlieur dont peut jouir 
salaires ne gagne que ce qui est rigoureuseineut necessaire pour se perpétuer et 
s’entretenir, il tire cette conséquence, qu'une industrie qui fait travailler sept 
millions d’ouvriers n’est pas plus avantageuse qu’une industrie qui en fait travail 
ler cinq millions, se fondant sur ce que, dans l’un et l’autre cas, les ouvriers con 
sommant tout ce qu’ils gagnent, il ne reste pas plus du travail de ^pt millions 
que du travail de cinq millions. Cela ressemble tout à fait à la doctrine des Éco 
nomistes’ du dix-huitième siècle, (|ui prétendaient que les manufactures ne ser 
vaient nullement à la richesse d’un État, parce que la classe salariée consommant 
une valeur égale à celle qu’elle produisait, ne contribuait en rien à leur fameux 
produit net. 
tn universalibus tatet dolus, a dit Bacon, avec ce bon sens exquis qui l’a fait 
nommer le Père de la saine philosophie Lorsqu’on descendra de ces généralités 
aux réalités qu’il faut toujours prendre pour guides, ou trouvera que sur sept 
millions d’ouvriers .tous occupés, il y aura plus d’épargnes faites que sur cinq 
millions. Ce n’est que dans la classe la plus grossière des simples manouvriers que 
les gains se bornent à ce qui est rigoureusement nécessaire pour perpétuer cette 
classe. Du moment qu’il y a un talent ajouté aux facultés du simple travailleur, il 
en résulte une faculté un |)eu moins commune et moins offerte, circonstance qui 
ajoute à la valeur du travail qui en résulte. Smith remarque qu’une intelligence 
remarquable, une probité scrupuleuse dans itette classe, sont payées au delà du 
taux rigoureusement nécessaire pour perpétuer la famille. Aussi voit-on un très- 
grand nombre de familles de simples salariés qui font des économies, augmentent 
leur bien-être et leur mobilier, ce qui augmente la somme des épargnes de la 
société. 
Mais quand meme il serait vrai que de sept millions d’ouvriers tous occupés il 
ne sortit pas plus d’épargnes que de cinq millious, serait-ce une matière indiffé 
rente que de nourrir l’un ou l’autre nombre ? Sous le rapport de la puissance na 
tionale, la population, et une population active et industrieuse, n’est-elle pas une 
puissance aussi? Et si quelque Attila barbare, ou même quelque Attila civilisé 
attaquait un pays populeux, ne serait-il pas plus facilement repoussé que s’il ne 
rencontrait pour s’opposer à ses armées, que des capitalistes spéculateurs occupés 
dans le fond de leur comptoir à balancer les prix-courants des principales places 
de l’Europe et de l’Amérique? 
Sous le rapport du bonheur, on peut dire de même qu’il y a une plus grande 
masse de bonheur dans une population de sept millions qui gagne et consomme ce 
qu’elle gagne, élève sa famille, et jouit de l’exercice de ses facultés, que dans une 
population de cinq millious. 
Il semblerait que l’homme n’est au monde que pour épargner et accumuler! 
Il y est principalement pour consommer ce que la nature lui donne gratuitement 
et ce qu’il acquiert par son industrie. Produire et consommer, voilà le propre de 
la vie humaine, voilà sa liu principale ; c’est ce que font les nations qui ne s élè 
vent ni ne déclinent. Si elles peuvent y joindre des épargnes qui, en grossissant 
leurs capitaux, étendent leur industrie, c’est une circonstance lavorable sans
	        
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