A. RÆDER
ordinaires que les juges ne fussent pas désignés par tirage au sort
comme dans les tribunaux ordinaires mais bien par désignation
individuelle. Ceci n’a pas seulement pour motif le désir d’avoir des
juges aussi compétents que possible ; on le faisait aussi en con
sidération de la situation plus indépendante que le tribunal pouvait
avoir, car en fait il n’avait pas seulement à s’occuper de rendre la
sentence, mais aussi de mener toute l’affaire. Nous voyons les
juges ainsi nommés par désignation individuelle agir comme
jugeant en leur propre nom ; ce sont eux qui établissent et signent
l’acte de jugement ; aussi en général ils parlent à la première per
sonne. Lorsqu’au contraire un tribunal de l’autre genre, par exemple
celui de Cnide avait rendu son jugement, le jugement était por-
mulgué par les autorités de la ville en question et au nom de
l’état.
Un tribunal d’arbitrage déterminé par désignation individuelle
doit être en ligne générale assimilé aux tribunaux d’arbitrage où
fonctionnait un juge choisi par les parties elles-mêmes. Les formes
de procédure étaient essentiellement les mêmes dans les deux cas.
Il va de soi que dans les affaires où un seul homme est choisi
comme juge, que ce soit le roi Antigone ou un particulier comme
Thémistocle, le procès ne peut pas être mené par les autorités de
la patrie de ce juge, même si les débats y ont lieu. L’affaire est con
duite par les avocats et les hommes de confiance des parties devant
le juge en question. C’est celui-ci qui, d’accord avec ses hommes
de confiance, détermine la marche et les formes du procès. Que ce
soient un ou plusieurs juges qui soient nommés d’après leur capa
cité personnelle, la situation est en principe la même. Ce sont aussi
les juges eux-mêmes qui mènent l’affaire et son instruction d’accord
avec les représentants des parties.
Ce sont les juges eux-mêmes et non les autorités de leur patrie
qui ont cette mission ; ceci est évident dans les cas assez nombreux
où les juges n’appartiennent pas à une seule et même ville, mais
à plusieurs : ainsi lorsque Samos, Paros et Erythrée jugent entre