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L’ARBITRAGE INTERNATIONAL CHEZ LES HELLÈNES
Nous ne connaissons aucun cas dans l’histoire de l’arbitrage
grec, où une sentence ait été declarée sans valeur par l’une des
parties pour une des raisons mentionnées plus haut. Cependant la
corruption était un des points faibles chez les anciens Hellènes et
à cause de cela il est singulier que nous ne rencontrions pas plus
souvent des accusations de ce genre émanant de la partie perdante.
Une crainte de ce genre fut mise en avant par les Athéniens
comme motif, pour ne pas accepter la proposition faite par Philippe
de Macédoine de faire trancher par l’arbitrage le différend survenu
entre Athènes et lui au sujet de Halonès 1 . Une inscription de
Mylase en Asie Mineure nous montre que la corruption des juges
n’était pas inconnue dans ces affaires ; il en résulte que des juges
appartenant à une ville étrangère et convoqués suivant l’usage habi
tuel grec pour trancher différentes difficultés juridiques entre des
citoyens Mylasiens se laissèrent corrompre 2 . Dans l’affaire entre
Calymnie et Cos les juges durent prêter serment qu’ils n’avaient
accepté sous aucune forme directe ou indirecte, aucun présent
d’aucune des parties 3 . Le seul cas où des accusations de corruption
aient été dirigées contre le juge, fut lorsque le consul romain
Gn. Manlius Volso jugea le différend de Samos et Priène, et c’est
là qu’il faut sans doute chercher la raison pour laquelle plus tard
le Sénat cassa le jugement de Volso et maintint d’anciennes solu
tions arbitrales qui allaient dans le sens absolument opposé 4 .
Une autre chose est le mécontentement qui pouvait résulter du
jugement ou de la conduite des juges ; et cet état d’esprit pouvait
donner lieu à des manifestations. Très caractéristique en ce sens
est ce récit que nous connaissons de l’affaire d’arbitrage intervenue
entre Andros et Chalkis à une époque aussi reculée que le VII e
siècle 5 . Le tribunal était composé de citoyens d’Erythrée, de Samos
1 n° XXVI. Hégesippe de Hallone. p. 78 : ol bè bxxaôxcù oit; âv èxexpéxf>rp:e ot
xúpiot tt\<; xfxrçcpoo, ooxox i>ptv öcooouötv èàv pf) <I>i\x7T7io<; aÔToû; xpir\xat. — * Bull. d.
corr. Hell. V, p. 102 : e^bixo; óxò xoû bi\poo xaxacsxa&Eic; xaxà xrâv (p&etpávxcov xà
ï-evtxà bixaoxqpxa. — s n° LXXIX : oùbè btopa eXaßov x&c, btxa; xaùxa; evexa xap’-
oúbevò; otfxe aùxôç èyà> ouxe âXXo— 4 XXXIV, 2 et 4. — 6 n° II.