£ PRINCIPES D’ÉCONOMIE POLITIQUE
paiements : elle a un effet plus curieux et en apparence
quasi miraculeux : elle équivaut à un dédoublement du
capital qui permet à deux personnes de l’utiliser à la fois.
C’est un prodigieux avantage, car s’il est très avantageux
pour l’acheteur, dans l'achat à crédit, de garder son argent
à sa disposition pendant un certain temps, à l’inverse il est
très désavantageux pour le vendeur d’être réduit à s’en
passer pendant le même laps de temps. Un fabricant a
besoin tous les jours de faire des achats et de payer des
salaires. Il ne peut marcher qu’à la condition de renouveler
au jour le jour, par la vente de ses marchandises, le capital
qui lui est nécessaire : mais s’il vend ses marchandises à
crédit, c’est-à-dire sans être payé, il semble qu’il va lui
devenir impossible de continuer ses opérations.
Comment faire? On ne peut pourtant, semble-t-il, faire
que le même capital se trouve en même temps à la disposi-
tion de deux personnes différentes, celle qui l’a prêté et
celle qui l’a emprunté ?
Si, vraiment, on y parvient! et c’est précisément Île titre
négociable qui réalise ce problème en apparence insoluble,
En échange du capital par lui cédé, le prêteur ou le vendeur
à terme reçoit un titre, c’est-à-dire un morceau de papier
sous diverses formes, billet à ordre, lettre de change, etc, et
ce titre représente une valeur qui, comme toutes les valeurs
peut être vendue. Si le prêteur veut rentrer dans ses capi-
taux, rien de plus simple, il lui suffit de vendre, ou, comme
on dit, de négocier son titre.
Bien entendu, il n’y a là aucune sorcellerie et l'opération
s’explique très naturellement, ainsi que nous allons le voir
dans la section suivante.
Si le crédit peut créer des capitaux.
Le crédit a pris une telle importance dans nos sociétés
modernes que l’on est tenté de lui attribuer des vertus
miraculeuses. En parlant à chaque instant des grandes
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