Full text: La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

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LA GUERRE DES BALKANS. 
En somme, si elle ne fut pas une moquerie, elle fut pour 
le sultan un moyen d’échapper aux exigences des grandes 
puissances. Elles demandaient quelques réformes particu 
lières ; il accordait toute une constitution, aussi libérale 
que celles qui l’étaient le plus en Europe. Pouvait-il faire 
mieux ? 
‘ La Conférence ne se prêta pas à cette comédie. Elle fit 
preuve pourtant de bonne volonté et réduisit ses réclama 
tions au minimum ; sans plus parler d’extension territoriale 
pour la Serbie et le Monténégro, elle demanda la recon 
naissance de l’autonomie de la Bosnie, de l’Herzégovine et 
de la Bulgarie, sous le contrôle d’une commission interna 
tionale. 
Les ministres ottomans ne voulaient accepter aucun con 
trôle qui eût mis en tutelle la souveraineté du sultan. C’est 
un point sur lequel ils n’ont jamais transigé. Le sultan 
réunit un divan extraordinaire de 180 des principaux digni 
taires de l’empire : l’assemblée se prononça pour un refus 
catégorique. Cette décision fut communiquée le 20 janvier 
aux représentants des puissances, qui, le lendemain et le 
surlendemain, quittèrent tous Constantinople. Quelques 
jours après, le 5 février, Abd-ul-Hamid enlevait le grand- 
vizirat à l’homme de la réforme, Midhat-pacha. On pouvait 
prévoir par là le cas qu’il ferait de la constitution otto 
mane. 
La guerre était inévitable. La Russie pressa ses arme 
ments en Bessarabie. Le prince Gortcbakof demanda aux 
puissances quelles mesures elles comptaient prendre pour 
mettre à la raison le gouvernement ottoman. Par l’entre 
mise de Bismarck, une convention fut signée à Reichstadt 
entre l’Autriche et la Russie. L’Autriche s’engageait à la 
neutralité, à condition que la Russie n’établirait son pro 
tectorat exclusif sur aucune province ottomane, que toutes 
les puissances signataires des traités de Paris et de Londres 
de 1856 et 1871 seraient appelées à se prononcer sur les 
résultats de la guerre, qu’en aucun cas la Russie ne ferait 
aucune acquisition territoriale sur la rive droite du Danube, 
qu’elle ne toucherait pas à Constantinople. Le gouverne 
ment russe pensait sans doute que les chances de la guerre 
modifieraient cet arrangement; l’essentiel pour le moment 
était que l’Europe le laissât se battre. 
L’Angleterre fit un dernier effort pour empêcher cette 
guerre dont elle craignait les conséquences. Le 1" mars,
	        
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