CH. XXXll. — DE L’OPIMON DE M. MALTHUS SDK LA HENTtl, 377
ment. Les rentes peuvent être plus basses dans un pays dont les terres
sont extrêmement fertiles, que daus un autre où elles ne sont que
d un rapport médiocre ; car la rente est en raison de la fertilité
relative plutôt que de la fertilité absolue, en raison de la valeur des
produits plutôt que de leur abondance. M. Maltbus dit que « la cause
« qui fait que des choses nécessaires à la vie donnent un produit
• net, tient plutôt à l’abondanco de ces denrées qu’à leur rareté , et
• diffère essentiellement à la fois de l’élévation des prix occasionnée
» par des monopoles artificiels et du haut prix de certains produits
» naturels, autres que les subsistances, et que l’on peut nommer des
" monopoles naturels et nécessaires. »
N’arrive-t-il donc jamais que la fertilité de la terre et la richesse
de ses produits diminuent sans diminuer nécessairement le produit
net ou la rente? Si ce fait n’est pas sans exemple, la proposition de
M. Maltbus prend donc un caractère trop absolu : car il parait avoir
établi avec l’inflexibilité d’un principe, que la rente s’élève ou s’a-
baisse toujours lorsque s’élève ou s’abaisse la fertilité de la terre.
M. Maltlms aurait incontestablement raison, si la part du proprié
taire se grossissait proportionnellement à l’aliondance croissante des
récoltes sur tout domaine : mais c’est dans le contraire précisément
qu II faut aller chercher la vérité. Lorsque les terres d’une fertilité
supérieure sont seules livrées à la culture, la part du propriétaire,
en quantité et en valeur, est à son minimum ; et c’est seulement lors
que les [besoins d’une population croissante ont provoqué le défri
chement des sols moins riches, qu’augmente progressivement cette
part.
Supposons que les nécessités de la situation fassent demander un
million de quarters de blé, et que ce million soit récolté sur la su
perficie de terrain actuellement cultivée; supposons encore que la fer
tilité de ce territoire s’altère au point de ne plus donner que 900,000
quarters : la demande restant toujours d’un million de quarters le
prix du blé s élèverait, et on devancera ainsi le moment où l’on aurait
défriché les terrains inférieurs, si la fertilité de l’ancien sol était
restée la même. Mais c’est précisément l’indispensable, l’implacable
nécessité du recours à des terrains moins riches qui crée et élève la
rente, etjqui l’élève alors même que le blé reçu par le propriétaire se
trouve réduit eu quantité, l^a rente, il faut bien se le rappeler, n’est
pas en proportion de la fertilité absolue des terres cultivées, mais
en proportion de leur fertilité relative. Toute cause qui fait affluer le
capital sur un sol pauvre accroît la rente sur les (pialitcs supérieures.