Full text: La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

168 LA GUERRE DE CRIMÉE ET SES SUITES. 
deux races et de deux religions, la manifestation éclatante 
de la rivalité de la France et de la Russie, l’une forte de 
privilèges anciens, l’autre d’une ambition nouvelle 
frondée sur la haine de l’Islam et sur la vieille tradition 
de l'empire grec. C’était une nouvelle prise d’armes des 
Latins contre les Grecs, comme au temps de la croisade 
du siècle. 
Le sultan Abd-ul-Medjid fut embarrassé et inquiet, au 
milieu de ces compétitions qu’il avait à concilier. Il essaya 
d’abord de s’en tirer par des atermoiements variés; la Su 
blime Porte est fertile en ressources à cet égard : il allégua 
le Rhamadan, puis le Beïram, puis un voyage du ministre 
des affaires étrangères Ali-pacha. Ensuite il promit de nom 
mer une commission chargée d’examiner l’affaire. Il gagna 
ainsi quelques mois. Mais l’ambassadeur français était 
pressant; il s’impatienta, menaça: les droits qu’il repré 
sentait étaient incontestables, fondés sur des actes anciens 
et bien des fois confirmés. 
Enfin le firman du 9 février 1852 reconnut la valeur des 
prétentions de la France sur le monument du Saint-Sépulcre 
à Jérusalem, sur la grande coupole au-dessus, usurpée par 
les Grecs en 1808, à la suite d’un incendie dont ils avaient 
réparé les ruines, sur l’emplacement des tombeaux des rois 
francs dans la chapelle d’Adam sous le Calvaire, sur l’église 
de Gethsémani et sur l’église supérieure de Bethléem. Le 
gouvernement russe protesta avec énergie, en se fondant 
sur l’article VII du traité de 1774; l’ambassadeur du tsar 
s’écria devant les ministres du sultan : « Je vois que la 
Porte accepte le protectorat de la France » ; il rejeta sur 
eux les conséquences que pouvait avoir à cette occasion le 
mécontentement de son souverain. Malgré le caractère 
conciliant des instructions du gouvernement français, la 
Russie maintint ses exigences et entretint, avec quelque 
mauvaise foi, « cette querelle de sacristie », dont elle pen 
sait tirer parti. 
Le tsar Nicolas en effet ne pouvait pas consentir à l’éta 
blissement de la prépondérance de la France et de l’Angle 
terre dans l’empire ottoman. C’était un puissant autocrate, 
on l’appelait « le tsar de fer » ; il avait écrasé la Pologne ; il 
avait vaincu les partis révolutionnaires dans toute l’Europe 
centrale; il représentait le droit divin avec une singulière 
grandeur. Il avait arraché la Russie aux influences de l’Occi 
dent, réagi contre le libéralisme sentimental de son frère
	        
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