LA DEUXIÈME GUERRE DES BALKANS (1912-1913). 277
L’Albanais fait ses affaires lui-même, sans percepteurs :
elles sont mieux faites.
Le sultan trouve d’autres emplois, non moins profitables,
à ses Albanais. Ils consentent à travailler sur les routes
en construction, mais aux conditions suivantes ; le jour,
ils dorment ou fument à l’ombre, sous des claies de ro
seaux, ou font rôtir les agneaux, les oies et les canards
qu’ils ont volés, non, perçus, la nuit précédente ; la nuit,
ils perçoivent les agneaux, les oies et les canards qu’ils
feront rôtir le lendemain. Un vali irrité a déclaré qu’ils
resteraient là tant qu’ils n’auraient pas fini la route. Ils
ne demandent pas mieux : c’est pourquoi sans doute la
viabilité laisse à désirer dans la péninsule des Balkans.
Les Albanais ont été, ces temps-ci, comme les Kurdes
à l’autre pôle de l’Empire, les exécuteurs des ordres du
sultan ; il sont comme des oiseaux de proie au-dessus des
plaines. Qui les mettra à la raison?
Les Grecs sont nombreux hors de la Grèce ; la « Grande
Idée » plus vivante que jamais, veut refaire autour de la
mer Égée l’unité de la nation grecque, reconstituer peut-
être un jour sa grandeur antique. Au Nord de la Thessalie,
vers la Macédoine, les Grecs ont le Roumlouk, c’est-
à-dire le pays des Roumis, le long de la Vistritza, sur
les pentes septentrionales de l’Olympe, avec les petites
villes de Verria, Karaferia, Vodena. Ils ont ensuite, au delà
de Salonique, la Chalcidique aux trois pointes, sauf la plus
célèbre de ces pointes, celle du mont Athos ou de l’Hagion
Oros. Cette étroite presqu’île est en effet comme le sanc
tuaire de la religion orthodoxe ; elle n’est couverte que de
monastères très vénérés et riches de dons incessants ;
10 000 moines y vivent dans la paresse et l’aisance; ce
sont presque tous des Russes qui, dit-on, cachent à peine
sous la robe de bure l’uniforme des soldats du tsar. Par
eux, le mont Athos est au Nord de l’Archipel, comme un
Gibraltar russe.
Au delà, vers l’Est, les côtes sont encore grecques, par
Orfani, Cavala, jusqu’aux Dardanelles, jusqu’à Constanti
nople, où vivent 300 000 Grecs ; puis, tout le long de l’Asie
Mineure, les côtes occidentales sont grecques, et le grand
cercle que forme la race grecque autour de l’Archipel
s’achève par Rhodes et par la Crète. Tous les rivages de la