L’ÊGYPTE DEPUIS 1850.
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le nomma directeur. Après lui, Gaston Maspéro continua
son œuvre, retrouva les vieilles villes de la Haute-Égypte,
les temples de Thèbes aux cent portes, conserva à la France
le premier rang dans les études égyptologiques ; car, écrit
M. James Darmesteter, « prenne qui voudra le monopole
d’exploiter l’Égypte du jour et de dépouiller les fellahs ;
l’Égypte, dans ses quarante siècles, est à la France, de par
le génie de Champollion et de Mariette, de par le dévoue
ment et la science de Maspéro ».
Et ce n’est pas le plus grand service rendu par la France
au pays du Nil. Ce sont des Français, qui, en perçant l’isthme
de Suez, ont replacé en quelque sorte l’Égypte sur la grande
route commerciale de l’ancien continent. Déjà dans l’anti
quité la Méditerranée avait été jointe à la mer Rouge par
le Nil : le canal de Néchao achevé par Ptolémée II unissait
le fleuve au golfe de Suez ; détruit ensuite, il fut ouvert de
nouveau par le conquérant arabe Amrou, sur l’ordre du
khalife Omar. Le khalife abbasside Almanzor le fit encore
combler. L’établissement de la domination turque dans
l’Asie antérieure et les voyages de Vasco de Gama détour
nèrent vers le cap de Bonne Espérance la route de l’Europe
à l’Inde.
Bonaparte, en 1798, reçut du Directoire la mission d’ou
vrir des communications entre la Méditerranée et la mer
Rouge. Un projet de canal fut dressé par Lepère, un des
savants de l’Institut du Caire, puis fut oublié. Néanmoins,
par le fait de la décadence ottomane et de l’attention rap
pelée sur ces pays, la mer'Rouge redevint le grand chemin
de l’Inde. Dès 1837, les Anglais organisèrent une ligne régu
lière de paquebots de l’Inde à Suez ; des diligences faisaient
de là le service pour Alexandrie ; elles furent remplacées
par un chemin de fer en 1857. La nécessité d’un canal mari
time devenait ainsi plus pressante.
Ferdinand de Lesseps avait été consul de France à Alexam
drie de 1831 à 1838 ; il y était devenu très populaire par
son dévouement pendant la peste de 1835 ; il fut l’ami de
Saïd-pacha, et, dès que celui-ci succéda à Abbas-pacha en
1854, il lui remit un mémoire concluant à la construction
d’un canal direct de la Méditerranée à la mer Rouge. Le
firman d’autorisation fut signé le 15 novembre 1854.
(Euvre d’initiative française, le projet excita aussitôt
l’opposition et les colères de l’Angleterre. Elle craignit de
voir la route de l’Inde au pouvoir de la France : Ferdinand