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LE PÉROU ÉCONOMIQUE
sant chaque jour un campement provisoire qui lui sert
de centre pour exploiter les environs, marquant au pas
sage, à l’aide de son machète, les arbres qu’il rencontre, et
ces marques sont un signe de possession religieusement
respecté par les autres caucheros.
Une vue exercée reconnaît les différentes catégories
d’arbres par leur aspect particulier ; c’est ainsi que les
arbres à caoutchouc (heveas) se reconnaissent de loin,
pendant quelques mois de l’année, par leur feuillage jau
nâtre d’un aspect particulier, bien connu des serin-
gueiros.
Une fois que la forêt a été suffisamment explorée et qu’il
a marqué un nombre suffisant d’arbres, le cauchero
commence son exploitation. Il commence par nettoyer les
alentours de l’arbre, puis saigne le tronc ou les racines;
si son but est d’extraire du sernamby (1), il laisse exposé
pour qu’il se coagule, sous l’influence de l’air, le latex que
produisent les saignées, et qui s’écoule par de petits
canaux artificiellement préparés dans le sol, la sève se
transforme ainsi en rubans que l’on enroule ensuite. Ce
produit est connu sur le marché sous le nom de sernamby
de caoutchouc (caucho). Si, au contraire, le cauchero
veut obtenir du caoutchouc en plaque, il recueille dans
des seaux la sève des arbres préalablement abattus et
la transporte dans une excavation ayant une forme presque
carrée et 30 à 40 centimètres de profondeur, il y mélange
ensuite du savon ordinaire ou une infusion d’une sorte
de liane, pour provoquer la coagulation (2). Telle est la
récolte du caoutchouc en plaque.
XIII. —L’exploitation des heveas et des orco-shiringa
(1) Caoutchouc de deuxième qualité.
(2) Le suc de deux sortes de lianes, le sachacamole et le cumalliuascar,
servent à cet effet.