323
LA QUESTION OUVRIÈRE.
vue, le sentiment aristocratique de la valeur professionnelle,
de la capacité technique acquise par de longues années
d’apprentissage.
Pour mieux monopoliser encore le marché du travail
dans la construction navale, l’union des boilermakers a usé
du système fédératif. En i8gi, sur son initiative, s’est cons
tituée la Fédération des industries mécaniques et des cons
tructions navales du Royaume-Uni, comprenant quinze
sociétés qui englobent un total de plus de cent mille mem
bres. Cette fédération groupe les divers corps de métier qui
participent au shipbuilding trade depuis les boilermakers
jusqu’aux menuisiers et aux peintres décorateurs. Le prési
dent choisi fut M. Knight, secrétaire général de la société
des boilermakers and shipbuilders. Ces derniers n’ont eu
d’autre but, en créant cette fédération, que d’assurer leur
contrôle exclusif sur l’industrie des constructions navales et
de grouper les divers métiers intéressés à cette industrie
pour une action commune et une défense mutuelle ('). Ils en
ont encore rigoureusement exclu les unskilled. On devine
l’action efficace que cette fédération peut exercer sur les
patrons ; au cas où ces derniers entreraient en conflit avec
l’un quelconque des métiers inclus dans la fédération, celle-ci
peut suspendre sur leurs chantiers la menace d’une cessa
tion de travail de tous les autres métiers 0.
En même temps que très aristocratique, l’Union des boi
lermakers est très centralisée. Les branches ou sections qui
la composent, disséminées sur toute l’étendue du Royaume-
Uni, sont sous la dépendance de comités de district, eux-
nicmes contrôlés par un conseil exécutif qui approuve ou
(1) Celle fédération a aussi pour allribulion le règlemenl des différends qui s’élèvenl
assez fréqueminenl enlre cerlains métiers rivaux de lu construction navale sur des por
tions de délimitation du travail.
(2) Le Trade-Unionisme en Angleterre, élude de M. Fleury, p. 20i.