LA DIVISION DU TRAVAIL
du travail, chacun produit selon ses aptitudes. On peut utiliser
ainsi les aptitudes naturelles de chacun et éviter le gaspil-
lage de forces qui résulterait du fait que tous, forts ou
faibles, ignorants ou intelligents auraient à accomplir la
mème œuvre — gaspillage du travail des plus forts ou des
plus capables sur une tâche trop facile pour eux, ou, à l’in-
verse, déperdition du travail des plus faibles ou des ignorants
sur une tâche au-dessus de leurs forces.
2° La répétition continue du même exercice crée chez tous
les hommes une dextérité qui devient véritablement merveil-
leuse, de même que dans les travaux de l’ordre intellectuel
une application soutenue et persévérante développe singu-
lièrement les facultés mentales et par conséquent la puissance
productrice. Médecins, avocats, peintres, romanciers, savants,
chacun aujourd’hui se fait spécialiste : chacun trouve profit
à se cantonner dans un petit coin du savoir humain pour le
mieux fouiller et en tirer plus de fruits.
Mais en ce qui concerne la division du travail dans l’atelier,
la raison de son pouvoir de multiplication n’apparaît
pas avec la même évidence, car on ne voit pas très bien
pourquoi dix hommes réunis pourraient produire plus que
dix hommes séparés ? Si un homme ne peut soulever qu’une
masse de 100 kilos, il ne faut pas croire que dix hommes
réunis soulèveront un poids supérieur à 1.000 kilos : au con-
traire, une partie de l’effort collectif sera perdue.
Oui, parce qu’il s’agit ici de coopération simple qui ne fait
qu'additionner les forces : mais par la coopération complexe
on peut bien dire qu’elle les multiplie en effet :
a) Parce que le travail le plus compliqué peut se décom-
poser, quand il est exécuté à la fabrique, en une série de
mouvements très simples, presque mécaniques et, par consé-
quent, d’une exécution très aisée, ce qui facilite singulière-
ment la production (voir p. 110).
On peut même arriver par là à des mouvements si simples
que l’on s'aperçoit que l’intervention de l’homme n’est plus
nécessaire pour les exécuter et qu’une machine suffit. Et
c’est, en effet, par ce procédé d’analyse technique que l’on
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