LA CONCENTRATION DE LA PRODUCTION ‘
Y aurait-il quelque moyen de conserver les avantages
économiques des trusts tout en les rendant impuissants pour
le mal ? Tel est, en effet, le problème, quelque peu contradic-
toire, à la solution duquel s’évertuent les économistes et les
gouvernements, mais sans succès, car comment empêcher
une demi-douzaine de grands industriels de s’entendre, de
créer des sociétés ou de racheter celles concurrentes ?
Les économistes de l’école libérale disent que si l’on pou-
vait arriver à la suppression du régime protectionniste,
alors les trusts, qui jusqu’à présent ont grandi à l’abri des
barrières douanières, se trouveraient suffisamment matés
par la concurrence internationale. Ils citent à l’appui de
cette thèse l’Angleterre où les trusts se sont moins déve-
loppés qu'ailleurs. Cependant, rien n’autorise à croire
qu'aux Etats-Unis ou en Allemagne les trusts et les cartels
seraient les premiers tués par la concurrence étrangère. Il
paraît plus probable, au contraire, qu’ils supporteraient le
coup bien mieux que les entreprises plus faibles. L'effet du
libre-échange généralisé serait probablement non de
supprimer les trusts mais de les transformer, de nationaux
qu’ils sont, en internationaux, ce qui ne les rendrait pas
moins redoutables : tant s’en faut ! Le trust du pétrole
l’est déjà.
“Comme conclusion, les cartéls et trusts peuvent être consi-
dérés comme un mode d’organisation supérieur à l’organi-
sation dite « naturelle » de la concurrence individuelle, non
seulement au point de vue technique, mais au point de
vue social, sous cette double condition : 1° qu’ils procèdent
par voie d’entente plutôt que par absorption, réalisant
ainsi une évolution semblable à celle désirable dans l’ordre
politique : fédération mais non centralisation ; 2° qu’ils
trouvent un contrepoids dans une organisation parallèle des
consommateurs sous la forme de sociétés coopératives de
consommation : les fédérations d’achat coopératives sont de
véritables trusts des consommateurs.
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