PRINCIPES D’ÉCONOMIE POLITIQUE
et s’il voit se manifester en conséquence les redoutables
symptômes de la hausse et du dédoublement des prix, il doit
faire machine en arrière et détruire tout le papier-monnaie
au fur et à mesure qu’il rentre dans ses caisses, jusqu’à ce
qu’il l’ait ramené à de justes proportions. Mais ce remède
héroïque, il n’est pas toujours possible à un gouvernement
de l’appliquer. En effet, pour arrêter l’émission de papier-
monnaie, il faudrait qu’il pût se procurer des ressources par
quelque autre moyen, par l'emprunt, et pour pouvoir rem-
bourser le papier émis en trop, il faudrait qu’il trouvât des
excédents dans le budget. C’est parce que ces conditions
n’ont pu être remplies durant la guerre, dans la plupart des
Etats belligérants, que l’émission du papier a continué
nonobstant la hausse des prix et celle du change.
Les signes révélateurs que nous venons d’énumérer, s’ils
sont précieux pour les gouvernements, leur sont d’autre part
fort désagréables précisément parce qu’ils renseignent aussi
le public et risquent de l’inquiéter. Aussi s’efforcent-ils de les
empêcher d’apparaître au grand jour. C’est pourquoi depuis
la guerre en France une loi de circonstance punit de peines
sévères toute exportation et même toute négociation, avec
primes, de monnaie métallique, ce qu’on appelle l’agio (1). Ik
est donc interdit d’offrir ou de recevoir plus de 100 francs en
billets de banque contre 100 francs d’or. Ces opérations étant
défendues, il n’y a pas de prime de l’or, du moins apparente,
et il n’y a pas non plus de dédoublement des prix. Il est
vrai que la loi ne peut empêcher la hausse du change ni la
hausse des prix, maisle public ne s’inquiète pas de la hausse
du change ou même l’ignore, et quant à la hausse des prix
il l’attribue à de tout autres causes qu’à la dépréciation de
la monnaie de papier.
(1) Loi du 12 février 1946. — La loi a été. appliquée à maintes reprises,
mais n'a pas réussi à empêcher le trafic clandestin ayant pour but la fonte de
la monnaie métallique, ni l'exportation en contrebande.
Peut-être aurait-il été plus sage de ne pas chercher à contrarier le libre
jeu des facteurs économiques, tel: que nous venons de l'indiquer et de per-
mettre la prime de l'or et le dédoublement des prix. Le prix en or fut resté le
prix vrai et il eut été plus faciled’y revenir un jour.
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