L'ÉCHANGE INTERNATIONAL ‘
de ce mouvement libre-échangiste. Ils ont toujours été pro-
tectionnistes, de naissance, peut-on dire. En effet la prin-
cipale cause de leur révolte contre la mère-patrie fût que
celle-ci ne leur permettait pas de fabriquer « même un fer à
cheval » : il était donc naturel que leur première préoccupa-
tion fût de reconquérir leur autonomie industrielle. Mais les
droits protecteurs, très modérés au début, allèrent s’aggra-
vant de période en période et toujours par quelque motif
nouveau, D'abord ce fut pour protéger leur industrie nais-
sante : c'est de là que s’inspira le système de List; - après
1866 ce fut pour payer les frais de la grande guerre civile :
plus tard cette raison disparut, car, la plus grande partie
de leur dette étant remboursée, les Etats-Unis ne surent plus
que faire de l’argent de leurs douanes. tellement que pour
l'utiliser ils distribuèrent un milliard de pensions à de soi-
disant invalides de la guerre — mais alors on découvrit un
nouvel argument pour élever les droits de douanes, à savoir
la nécessité de défendre les hauts salaires d'Amérique contre
les bas prix et les bas salaires d'Europe. Et depuis lors,
tarifs sur tarifs n’ont fait que s’aggraver.
L'Allemagne, dès 1833, en créant une Union douanière
entre les différents Etats allemands, avait préparé son unité
politique. Quand vint la période libre-échangiste, elle s’y
rallia pleinement. Mais quand son unité politique fut faite,
elle eut l’ambition de devenir une grande puissance indus-
trielle et fit volte-face vers un protectionnisme autonome.
On peut mème dire que ce fut elle, avec l'Autriche, qui, en
1879, ouvrit l’ère de la réaction protectionniste qui devait
rapidement gagner l’Europe entière. Pourtant, plus récem-
raent (1392-1894), lorsque, ayant atteint ce premier but, elle
dût chercher des débouchés au dehors, elle adopta un
système mixte des traités de commerce qui était comme
l'amorce d’un nouveau Zollverein embrassant toute l'Europe
centrale, rêve auquel la défaite de 1918 vient de mettre,
provisoirement, un terme.
Quant à la France, dès qu’elle pût se libérer en 1892
des traités de commerce conclus sous Napoléon II, elle
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