Full text: La crise du petit commerce

ty 
L'avenir du magasin spécialisé nous semble assuré. Il 
existe à cela des raisons très fortes que nous énumére- 
rons en leur lieu. Mais il n’en est pas moins vrai qu’une 
époque récente a vu comme une régression de la spé- 
cialisation, non seulement par la création des grands 
bazars, mais parce que les magasins spécialisés, pour 
augmenter leurs ventes, s’adjoignent des marchandises 
qui n’appartiennent pas à leur spécialité, mais peuvent, 
à la rigueur, en être considérées comme voisines *. Il est 
commerçant est là pour la clientèle, et non l'inverse, a été 
hautement révolutionnaire, et il est impossible de compren- 
dre la politique négative de la classe moyenne sous sa for- 
me pure, cette politique que Wernicke traite « d’agitation 
sans scrupule» et qui réclame de la force publique qu’elle 
anéantisse tout ce qui fait concurrence à la classe moyenne, 
celle-ci se croisant les bras, si on ne se rend pas compte qu’il 
y a des milliers de têtes où cette idée révolutionnaire n’a pas 
encore pénétré même aujourd’hui. L’idéologie du Moyen- 
Age, en faisant apparaître le rang social comme l’expression 
de la volonté de Dieu à l’égard d’un homme comme «la pla- 
ce où Dieu l’a mis», en garantissant d’autre part à tout 
membre de la société le droit à un revenu en rapport avec 
les exigences de son rang (standesgemäss, dit Sombart ; le 
droit dont il est question ici est désigné par les Allemands 
sous le nom de « Ernährungsprinzip »), crée un droit à la 
clientèle pour tous ceux qui vivent de leur travail et la con- 
viction que ce droit existe est à la base de toute la politique 
négative. Comme quoi une idéologie d’origine religieuse, 
même complètement détachée de tout le courant intellectuel, 
moral et social qui lui a donné naissance, au point que 
ceux qui la professent en ignorent complètement la prove- 
nance, peut avoir la vie extrêmement dure au sein des 
groupes sociaux auxquels elle assurait les privilèges. 
1 Voir dans notre note 1, p. 7, la citation de Sigfried Bloch. 
Champion, op. cit. p. 25, semble faire découler le magasin 
spécialisé du besoin que l’on éprouvait du magasin débitant 
une marchandise unique. Que le magasin à marchandise 
unique retourne à cette forme, nous ne disons pas autre 
chose. Mais ce serait une grosse erreur d’oublier que cette 
forme a précédé le magasin à marchandise unique, qui n’en 
est qu’un tvpe extrême. Il y a eu des épiceries avant qu’il 
v eût des magasins spécialisés dans la vente exclusive du
	        
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