LA MONNAIE DE PAPIER ;
merciales du monde à un grand mouvement d’affaires. Elles
ont un cours public, comme toute autre marchandise, qui
est justement ce qu’on appelle le cours du change. Or, ces
créances sur l’étranger sont presque toujours payables en
or, puisque l’or c’est la monnaie internationale : une lettre
de change sur Londres est donc considérée comme équiva-
lente à de l’or et par conséquent, si celui-ci fait prime, elle
bénéficiera de la même prime.
Le quatrième, c’est la hausse des prix. Il n'apparaît que plus
tard, mais indique que le mal est déjà grave et que la limite
permise a été beaucoup dépassée. Il ne faudrait pas croire
que c'est le marchand qui augmente ses prix dès que le
papier-monnaie commence à se déprécier. Il ignore cette
dépréciation et le public aussi, et ils ne commencent à la con-
naître que lorsque la hausse des prix la leur a révélée. Mais
alors qu’est-ce qui déclenche la hausse ? C’est l'abondance
des billets qui, se répandant, entre les mains de tous, per-
mettent à chacun d’augmenter sa demande. Le mal, qui
jusqu’alors était à l’état latent, fait éruption au dehors et se
révèle au grand jour.
I faut remarquer pourtant que les anciens prix ne changent
pas pour les personnes qui peuvent payer en monnaie métal-
lique, si toutefois il leur en reste encore : celle-ci en effet n’a
rien perdu de sa valeur, bien au contraire. On assiste donc
à un curieux spectacle, celui du dédoublement des prix :
chaque marchandise se trouve avoir désormais deux prix,
l’un payable en monnaie métallique, l’autre payable en mon-
naie de papier et la différence entre les deux mesures est
précisément la dépréciation de celle-ci. Mais si le phénomène
est curieux, il est fugitif, car l’or disparaissant de la cireula-
tion aussitôt que s’y trouve une monnaie de papier dépréciée,
il ne peut plus être employé comme moyen d’achat.
Sitôt donc qu’un gouvernement constate ces signes précur-
seurs, fuite et prime de l’or, hausse du change, son premier
devoir serait de s’interdire absolument toute émission nou-
velle de papier-monnaie: il a atteint en effet la limite à
laquelle il faut s'arrêter. S’il a eu le malheur de la franchir
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