COMMENT SE RÈGLE LA PRODUCTION
ou de charbon, valeurs de caoutchouc, banques, chemins
de fer. Chaque petit rentier « mouvementé son porte-
feuille » ; chacun demande à ceux qu’il croit bien informés :
dites-moi ce qui va monter? — et il né risque guère d’être
trompé, puisque tout monte en effet. De toutes parts se
créent des entreprises nouvelles, on exploite de nouvelles
mines, on fait de nouvelles plantations de caoutchouc, on
capte des chutes d’eau, on ouvre des cinémas, et même les
entreprises anciennes augmentent leurs capitaux en émettant
des actions nouvelles. Puis vient le jour où toutes ces entre-
prises donnent à la fois et se font concurrence. On entend
un craquement sinistre : c’est l’une d’elles qui sombre.
Aussitôt c’est la panique — et de mème que, naguère, plus
les valeurs montaient, plus empressés étaient les acheteurs,
maintenant plus elles baissent et plus on s’empresse de
vendre. Rares les capitalistes qui ont su, comme on dit,
sortir à temps de l'affaire. De proche en proche, tous ces
titres qui représentaient autant d’anticipations de revenus
et, comme le dit éloquemment M. Seligman, « la capitalisa-
tion de tant d’espoirs », s’affaissent, avant même qu’on puisse
savoir s’il y a réellement surproduction (1).
3° Les remèdes. — D'abord, y a-t-il lieu d’en chercher?
(1) Pourquoi n’y aurait-il pas des crises de sous-production c’est-à-dire
de disette, aussi bien que de surproduction ? L'équilibre entre la production
et la consommation ne peut-il pas être rompu aussi bien par déficit de la
production que par excès ? Il semble mème que ce sont celles-là qui doivent
être les plus à redouter, car enfin l'excès de production, qui est l'abondance,
ne saurait être un mal en soi et ne lé devient que par suite de quelque vice,
dans la structure économique, tandis que l’insuffisance de la production doit
impliquer la -misère et éventuellement la mort.
Il est vrai que les disettes et même les famines ont tenu une grande et terrible
| lace dans l'histoire de tous les peuples et alors que nous les croyions défini-
tivement conjurées, tout au moins en Europe, nous venons de les voir
reparaître dans tout leur horreur à la suite de la guerre.
Néanmoins, c'est avec raison que l'on ne fait pas figurer les diséttes dans la
catégorie des crises, car on n’y retrouve pas ce caractère essentiel qui est la
périodicité, ni aucun des caractères symptomatiques que nous avons énumé-
rés. Il y a, il est vrai, la hausse des prix mais qui s’y présente dans des
conditions précisément inverses, puisqu’ici la hausse des prix n’est que la suite
et la conséquence du déficit, tandis que dans la crise classique la hausse
des prix précède la crise et la baisse des prix ne fait que la suivre.
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