XI.V1II NOTICE SUR LA VIE ET LES ECRITS DE DAVID RICARDO,
spéculations plus ou moins honnêtes, ou des remèdes violents appliques à
des maux violents. Comme on ne peut pas ou on ne veut pus jeter les pau
vres par-dessus bord, on les chasse au loin, sans souci de leur bien-être,
de leur développement moral, et c’est ainsi que nous avons vu coloniser
la Guyenne avec des maîtres de danse et des comédiens, et la Nouvelle-
Hollande avec des bandits; mais le jour n’est pas loin, où, par la force
des choses, le déplacement des races s’effectuera régulièrement et se trans
formera en une conquête pacifique et permanente. Les nouvelles généia-
tions dans leur épanouissement reproduiront alors le phénomène sublime
de ces bananiers des Indes, dont les branches, courbées en arceaux, retom
bent à terre, y prennent racine, et couvrent le sol d’un vaste bouquet d ar
bres, de fruits et de fleurs issus d’un même germe.
Telle est, d’ailleurs, la direction actuelle des esprits. Les hommes se ten
dent les bras de toutes parts : les bateaux à vapeur ont transformé l’Océan
en un lac qu’ils traversent d’un coup d’aile : et si l’E:conomie politique a
quelque droit à la reconnaissance des peuples, cest pour avoir piéparé
et conçu ces résultats majestueux. Elle s’est donné la mission de répan
dre le bien-être à larges doses sur les populations, car^lle sait que la ci
vilisation matérielle est la base nécessaire de la civilisation morale et in
tellectuelle. C’est par la vie physique, en effet, que les sociétés plongent
dans le sol, s’y assoient, et vouloir des arts et des institutions élevée avant
la certitude de l’existence matérielle, c’est vouloir l’arbre sans les racines, les
fleurs et les fruits sans le tronc, c’est vouloir tout simplement l’absurde.Or,
cette existence assurée, digne, la science économique peut et veut l’octroyer
au travailleur ; car elle donne la palme aux industries qui marchent en avant,
aux réformes qui agrandissent la sphère du travail et élèvent conséquem
ment la rémunération de l’ouvrier ; car elle vise à alléger les charges publi
ques, à instaurer de toutes parts les idées de fraternité et de paix, à déve
lopper le crédit, à multiplier les richesses par leur circulation rapide et li
bre. C’est la dot qu’elle apportera à l’humanité le jour où on aura la bonne
foi de ne plus la taxer d’impuissance en lui refusant les moyens de propa
ger et de réaliser ses doctrines, comme un cerveau que 1 on paralyserait et à
qui on dirait malicieusement de penser, de créer, de gouverner.
Une science qui conçoit de telles oeuvres ne manque pas de grandeur
à coup sûr, et il n’a été donné qu’à de rares intelligences de s’y faire une
belle place.
Ricardo fut du nombre de ces intelligences d’élite.
Alcide Fü.nteyhald.