DES BANQUES >
que pour csla il le lui emprunte. Ce mot d’une comédie, qui
a paru un trait sanglant : « les affaires c'est l'argent des
autres », n’est, en matière de banques tout au moins, que la
pure vérité économique : c’est l’essence même du commerce
de banque.
Et d’ailleurs, ce n’est pas seulement l’intérêt des banquiers
qui le veut ainsi, c’est l’intérêt du commerce puisque, comme
nous venons de le dire, si le banquier ne se servait que de
son capital ou de celui des actionnaires il ne pourrait faire
l’escompte à bas prix, descendre mème à 3 p. 0/0 comme fait
la Banque de France.
Mais comment empruntera-t-il cet argent ? Ce ne sera pas
à la façon des Etats, des villes ou des sociétés industrielles
qui empruntent à long terme (sous forme de rentes, d’obli-
gations, d’actions) les capitaux que leurs possesseurs
cherchent à placer. Non : ce mode d’emprunt exige un taux
d'intérêt trop élevé pour que le banquier pût y trouver son
profit. Ce que le banquier demande au public c’est le capital
circulant, flottant, qui se trouve sous forme de numéraire
dans la poche de chacun de nous ou dans le tiroir de notre
bureau. ll y a dans tout pays, sous cette forme, un capital
considérable qui n’est encore fixé nulle part, qui ne fait rien,
qui ne produit rien et qui attend le moment de s’employer.
Le banquier dit au public : « Confiez-le-moi en attendant
que vous ayez trouvé l’emploi : je vous éviterai l’ennui et le
souci de le garder et vous le restituerai dès que vous en
aurez besoin, à première réquisition ; c’est déjà un service
que je vous rendrai. De plus, je vous en donnerai un petit
intérêt, par exemple, 1 ou 2 p. 0/0 (1). Ce sera toujours plus
qu’il ne vous produit, puisque chez vous il ne rapporte rien.
(1) II pourrait mème ne donner aucun intérêt. Certaines banques, telles que
la Banque de France et d'Angleterre, n'en donnent point, en effet, car elles
estiment qu'elles rendent un service suffisant aux déposants ; et ce qui prouve
bien qu'elles ont raison c'est que, nonobstant, elles reçoivent des sommes
énormes en dépôt. Bien mieux : autrefois, les banques de dépôts, ces anciennes
banques dont nous avons cité les noms, se faisaient payer par les déposants
un droit de garde, parce qu’en ce temps-là elles ne placaient pas l'argent
déposé chez elles et n’en tiraient aucun nrofit.
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