RÉPONSE AUX OBSERVATIONS DE M. BOSANQUET. m
une lettre de M. Grefulhe au tiulHon-Committee, 11“ 50, nous rapporte
qu’en 1785 on modifia le nombre des louis qu’on frappait dans
absolument comme on prescrit une taille légale aux conscrits qui doivent porter
les armes. Or, les usuriers sont là pour protester contre les lois sur l’intérêt : les
douaniers pour protester et battre en brèche les lois sur le monopole des marchandises
: la famille pour protester contre le nivellement et l’effacement des intelligences;
et, quant à la détermination de la valeur relative des monnaies d’or
et d’argent, les oscillations perpétuelles des marchés, le flux et le reflux des
masses métalliques que verse l’Amérique, et que se répartissent les autres continents,
suffisent pour en démontrer la vanité.
Quelque précieux qu’ils soient ; de quelque adoration irréfléchie que le sj'stème
mercantile ait entouré l’or et l’argent, ces agents de la circulation générale, ces
dénominateurs universels delà valeur n’en sont pas moins soumis aux grandes
lois de l’offre et de la demande, vis-à-vis d’eux-mêmes et vis-à-vis de toutes
les autres marchandises. S’ils émigrent d’un pay’s, leur valeur s’y accroît
aussitôt : s’ils y affluent, au contraire, leur valeur fléchit, et l’abaissement du
change extérieur reflète cette abondance inusitée. Si le diamant est si cher, malgré
la parfaite vanité de ses usages, c’est qu’il est rare : si le soleil est gratuit,
malgré sa puissance créatrice, c’est que ses rayons inondent l’univers. De même,
si l’or est plus cher que l’argent, c’est surtout parce qu’il est produit en quantités
bien plus petites. l e rapport de la production est de 1 à 40 de nos jours,
après avoir été de 60 à 1, au xvii« siècle, et de 57 à 1 en 1801. La valeur de l’or
devrait donc être et serait, en effet, de 40 à 1, comme l’indique le chiffre de
la production annuelle, si les demandes incessantes du continent, — là où les
paiements n’ont pas acquis encore un niveau moyen assez élevé pour exiger
l’emploi de l’or; — si, dis-je, ces demandes n’avaient accru l’utilité de l’argent, et
par suite sa valeur. I,e rapport de 15 3 4 est donc le résultat de la rareté de
l’or balancé par l’utilité de l’argent. Les gouvernements n’ont rien à voir
dans ces proportions créées par la nécessité, et ils auront beau accumuler les décrets,
du jour où la balance penchera en faveur de l’argent, le rapport pourra
être de 10 à l, comme au temps qui précéda la découverte de l’Amérique ; de 9
à 1, comme du temps de C.ésar, et même de 8 à 4, cx)mme il l’est encore au Japon.
Du jour, au contraire, où les besoins de la circulation feront rechercher l’or,
on verra grandir peu à peu sa valeur, jusqu’à atteindre même le rapport de \
à 17, rapport que nous trouvons en Europe au moyen âge, et que la Chine nous
présente encore, suivant les belles recherches de M. Michel Chevalier*. Or,
c’est précisément en faveur de l’or que s’opère aujourd’hui la transformation de
tous les systèmes monétaires du monde.
L’accroissement sensible et graduel que présente la production de l’argent,
* Voyez surtout sa derniere brochure intitulée De» mines d'or et d'argent du Nouveau
Monde. La question monétaire n’a Jamais été traitée d’une manière plus brillante. Au sein
d’une technologie aride et d’un grand déploiement de chiffres, l’auteur a su être pittoresque,
et il semble même qu’il soit tombé sous sa plume quelques paillettes d’or, dérobées a ce Potóse,
a cette Fêta madre qu’il connaît si bien. ^