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LA HONGRIE, DE L’ADRIATIQUE AU DANUBE.
c’est-à-dire Caroline, s’appellera la noire jeune fille (gali minsch). Ils ont
une facilité extraordinaire pour apprendre le dialecte ou la langue du pays
ou ils vivent : mais leur prononciation est étrange, et comme ils ne peuvent
s’habituer à desserrer les dents, il ne sort souvent de leur bouche que quel
ques grognements gutturaux.
Le bohémien est le plus bel exemple de sélection naturelle que je con
naisse. Au milieu des hasards de cette vie de vagabondage par tous les
temps et toutes les saisons, ceux qui ne sont pas taillés pour le combat de
la vie restent en chemin et meurent. Ceux qui survivent sont magnifiques,
d’une vigueur de constitution exceptionnelle. Ils résistent à toutes les
maladies et à toutes les épidémies. On n'a jamais vu un Bohémien atteint
de la goutte ou du rhumatisme. A moins qu’ils ne soient tués par un
accident, ils meurent de leur belle mort, à un âge extrêmement avancé.
S’ils tombent malades, ils refusent tout médicament; ils ne connaissent
qu’un seul remède, 1 eau-de-vie, les oignons et le safran. Leurs plaies et
leurs blessures guérissent toutes seules, avec une rapidité inouïe, parla seule
force du sang.
D’une taille souple, élancée, le Tzigane dépasse rarement la grandeur
moyenne. On ne découvre sous sa peau bronzée ni le réseau de ses veines
ni le jeu de ses muscles. Ses joues ne se colorent jamais, même dans la
colère. Sa face est ovale; ses yeux noirs et profonds sont ombragés de longs
cils; son regard mobile a une expression sauvage et mélancolique ; sa bouche
est belle, ses lèvres arquées, sa barbe peu épaisse, ses dents petites, serrées,
d’une blancheur éblouissante, que ne peuvent ternir ni les aliments trop
chauds ni l’abus du tabac : car après sa liberté, la chose que le Tzigane
aime le mieux au monde, c’est sa pipe.
Quand il a réussi à satisfaire sa faim, s il lui reste assez de tabac pour
bourrer sa pipe, le Bohémien ne se sent plus d’aise, et sa figure rayonne de
contentement et de plaisir.
Vieillards, femmes, enfants : tout le monde fume dans la tribu tzigane ;
et il n’y a pas de jouissance terrestre qui vaille pour eux celle-là. Un Bohé
mien condamné au gibet demandera toujours, comme dernière faveur, de
fumer une pipe.
Les Tziganes, moins heureux que les juifs, auxquels on les a souvent
comparés, n ont en Hongrie aucun droit politique; ils sont encore regardés
comme des hôtes, comme des hommes qui campent en dehors de la société :
comme les membres d’une caste inférieure, bien que leur musique soit
revendiquée par les Hongrois comme un art national.
Au dernier congrès de statistique tenu à Best, un savant et illustre Hou-