DE L’ADRIATIQUE AU DANUBE.
.le remontai dans le panier d’osier de mon traîneau, et bientôt Gran
m’apparut, figé dans sa roideur d’hiver, avec ses toits ouatés, ses
cheminées garnies d’un revêtement de neige, ses gouttières décorées de
stalactites de glace, blanches et en relief comme de la guipure, et sa cathé
drale qui semblait taillée et découpée en dôme, en festons, en arcades, en
colonnes et en arceaux, dans une montagne de glace.
9
&
hnmir ' '
1 "T 1 æahfte
r , T r
; fl I sa 1 JF
Une barque me transporta à l’autre rive.
Une barque, dans laquelle s’installèrent des moines, des femmes, des
paysans vêtus d une peau de mouton, des juifs piqués de taches de rous
seur et cachés dans leur grande pelisse au poil jaune, comme les juifs d’Al
bert Durer, me transporta à l’autre rive, dans la ville basse.
Gran me fit une singulière impression. On y sent le renfermé, l’humidité
d’une sacristie. C’est encore la vraie cité cléricale du moyen age, avec ses
rues aux détours tortueux, ses ruelles étranglées, aux enfoncements noirs
et mystérieux, ses fenêtres aux grilles de confessionnal, ses petites portes
suspectes entre-baillées, ses rares boutiques avec des étalages dévots de